The faster you run, the sooner you're done

Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 149 messages
Mer 23 Nov 2016 22:33

The faster you run,
the sooner you're done

Feat Freyja & Narcisse

Narcisse déposa délicatement sa tasse de café vide au fond de l’évier. C’était tout ce qu’il buvait le matin, après avoir mangé une pomme. Le petit-déjeuner du vainqueur. Il passa la main dans ses cheveux clairs et regarda par la fenêtre. Du haut de son appartement, il pouvait voir que la ville était toujours calme et paisible. A cette heure-ci, la plupart des habitants étaient encore bien rangés au fond de leur lit, perdus dans leurs rêves. Cependant, Narcisse était de ceux qui pensaient que l’avenir appartenait à ceux qui se levaient tôt. Ses nuits étaient courtes mais elles lui suffisaient à garder ce rythme effréné. Entre ses journées endiablées au Parlement, ses joggings et ses soirées parfois arrosées, on pouvait se demander où Narcisse trouvait toute cette énergie. La réponse était simple : la caféine et la volonté. Il ne touchait pas à la drogue. Pas régulièrement, en tout cas. Il ne pouvait pas prendre le risque de devenir accro à une substance ; il perdrait à coup sûr le contrôle de la comédie quotidienne qu’il jouait devant tout le monde. Narcisse tenait absolument à garder un esprit sain dans un corps sain. Ainsi, il pourrait rester maître de sa vie. De son existence. Continuer de faire croire au monde entier qu’il était l’homme parfait.

Il enfila sa veste de sport après un dernier regard dans le miroir de l’entrée. Le jogging du matin était bien un des rares moments où il sortait sans chemise et sans cravate. Un tee-shirt noir qui moulait ses muscles fins, un pantalon de jogging sombre bordé de trois lignes blanches verticales le long de chaque jambe et une paire de baskets blanches. Même pour faire du sport, il se devait de rester élégant, aussi fit-il attention de bien se recoiffer lorsqu’il quitta son appartement pour descendre les escaliers de son immeuble. Son téléphone accroché à son bras, il lança sa playlist sportive avant d’enfoncer les écouteurs dans ses oreilles et commença à trottiner vers le parc. Autant s’échauffer directement avant une bonne heure de course, d’autant que le parc n’était pas la porte à côté. Cela ne le dérangeait pas : il était tôt et les rues étaient encore désertes, il avait tout l’espace nécessaire pour courir. Nul besoin de se faufiler dans la foule où d’éviter les vieilles dames avec leur caddie à carreaux vichy. Là, il était tranquille et pouvait courir paisiblement sans se soucier de rien d’autre que du rythme de sa respiration. Narcisse jeta un rapide coup d’œil à sa montre : six heures cinquante-quatre. Il était tout juste à l’heure ; au loin, l’entrée du parc se dessinait.

Quand il passa le portail, le politicien regarda à nouveau l’heure. Il n’aimait pas être en retard et s’assurait tout le temps de ne jamais faire attendre personne. En retour, il s’attendait à ce qu’on ne le fasse pas patienter non plus. Il espérait que l’homme avec qui il avait rendez-vous se soucierait assez de la politesse pour ne pas avoir de retard de son côté. Ça n’avait rien de galant. C’était en quelque sorte un… Meeting professionnel ? Quelque chose de tout à fait officieux, cependant. Un extra en dehors de la paperasse politique. Ça avait quelque chose à voir avec ses arrangements douteux faits de pots-de-vin et d’informations passées sous le manteau. Il faisait en sorte que ces échanges soient aussi discrets que possible et s’était donc arrangé pour négocier une rencontre dans ce parc. Personne en le voyant courir ici ne se douterait qu’il était en train de donner à quelqu’un des informations tout à fait confidentielles. Les apparences étaient sauvées ; et dieu savait à quel point Narcisse s’attachait aux apparences. Ce n’était pas pour rien qu’on le pensait honnête et droit : il s’appliquait à avoir l’air de l’être. Un bip provenant de sa montre sonna lorsqu’il fut sept heures du matin. Il se trouvait sous le grand chêne qui culminait juste à côté de l’entrée ouest du parc. Le point de rendez-vous.

Narcisse fut cependant étonné de ne voir aucun homme l’attendre. Il fit semblant de lacer ses chaussures et en profita pour mieux regarder autour de lui. Il vit bien quelques coureurs plus loin, mais ils ne se dirigeaient pas vers l’arbre. La seule autre personne ici, c’était… une fillette ? Une jeune femme… Frêle et minuscule, face au mètre quatre-vingt du politicien. Ça ne pouvait pas être elle, son contact ? C’était une gamine. Et Narcisse s’attendait à voir un homme de son âge. Il hésita, perturbé. A sept heures sous le grand chêne de l’entrée ouest. Personne ne pouvait se tromper, c’était un point de rendez-vous bien repérable. Narcisse avait du mal à croire qu’une si jeune femme puisse avoir quelque chose à faire de près ou de loin avec la pègre… Pas qu’il soit malheureux pour elle, qu’il s’inquiète de sa situation ou de quoi que ce soit du genre… Non, Narcisse avait juste des idées préconçues sur les brigands de la cité. Ceux qu’il avait croisés jusqu’ici avaient toujours correspondus aux clichés du genre. Machos, virils ou barbus, bedonnants, grossiers, baraqués… Mais pas minces, féminins et délicats comme cette jeune femme. Narcisse se redressa en se frottant la nuque. Il n’allait pas perdre plus de temps que ça. Fillette ou pas, il avait un contrat. Du fric contre des infos. Peu importe qui servait d’intermédiaire.

« Comment se porte ton grand-père ? », Demanda-t-il en s’approchant de la belle.

Si c’était bien son contact, elle saurait quoi lui répondre. Sinon, et bien… Elle lui rendra simplement un regard intrigué en le prenant pour un cinglé. Pour Narcisse qui se souciait du regard des autres, ce serait un peu dur à vivre, mais il trouverait comment rattraper la situation en prétextant l’avoir prise pour quelqu’un d’autre. Ca passerait pour une tentative un peu foireuse de flirter – et ce n’était absolument pas son genre, il ne se foirait jamais en flirtant – mais il sauverait les meubles. Passant sa main dans la mèche de cheveux qui retombait sur son front, il la fixa en attente d’une réponse.
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Freyja Toivonen is offline
Proioxis // 109 messages
Jeu 24 Nov 2016 20:51
The faster you run, the sooner you're done ▬ Narcisse Delaunay
Elle détestait cette odeur de moisissure qui persistait dans l’air malgré le vent frais qui s’engouffrait dans la pièce. Elle haïssait son boss pour l’avoir logé ici, même si ce n’était qu’une simple nuit ou plutôt le temps de quelques heures. Sa dernière mission avait été beaucoup plus longue que prévu, son prochain rendez-vous devant être au parc, son supérieur avait préféré qu’elle dorme sur « place » pour être en pleine forme. Il n’avait juste pas pris en compte le nombre d’heure qu’elle allait devoir passer dans la nuit pour suivre un client rondouillard, pervers et sans aucun intérêt pour la famille. Freyja sortit rapidement de la chambre louée, déposa les clefs sur le comptoir de l’accueil et s’aventura à l’extérieur en profitant de la brume matinale. Elle avait deux bonnes heures devant elle avant son rendez-vous et comptait bien en profiter pour s’étirer un maximum. On lui avait fait parvenir, la veille, les informations concernant son nouveau client. La jeune femme avait été débauchée exceptionnellement pour le rencontrer par faute de la disparition de l’ancien informateur. Et, elle se doutait fortement de la réaction qu’aurait l’individu en la rencontrant : celle qu’aurait tous les autres imbéciles qui l’avaient croisé auparavant.

Lors de ses premières missions, Freyja s’était souvent faite passée pour un homme dans le but d’obtenir la confiance de ces clients ou pour être prise un peu plus au sérieux. Parce que, qui viendrait à croire qu’une gamine comme elle fasse partie de la Pègre ? Qu’elle soit une informatrice ? Personne. Mais désormais, elle n’avait plus vraiment honte de cacher sa féminité même si dans le fond, elle ressemblait étrangement à un épouvantail après une tempête de neige. Il suffisait de la regarder aujourd’hui, un bas de jogging noir mais tirant plutôt sur le gris par ses nombreux lavages répétitifs, un tee-shirt mauve deux fois trop grand pour elle et des baskets aux couleurs suffisamment flashy pour que les regards se portent sur ces dernières. Pour finir cet effet débrayé, ses cheveux étaient accrochés en une espèce de queue de cheval haute d’où les multiples mèches rebelles s’échappant étaient accrochés par des pinces vertes. Elle n’avait rien de féminine en ce moment mais Freyja ne prenait jamais le temps de s’apprêter lorsqu’elle allait courir.

A six heure pile, la demoiselle pénétra dans le vaste parc d’Anadéia. L’air frais fit rosir ses joues et elle savoura ce moment de solitude pure, profitant de l’absence d’autre personne pour s’étirer convenablement. Son téléphone accroché à son bras via un petit brassard, vibra pour indiquer la réception d’un nouveau message mais elle ne prit pas la peine de le regarder. C’était sûrement son boss qui souhaitait s’assurer qu’elle n’avait pas oublié sa mission. Comment pouvait-elle seulement y faire abstraction ? On lui avait balancé le dossier alors qu’elle était trempée jusqu’aux os et gelée jusqu’à l’âme.

Six heure dix. Un individu la frôla en courant et Freyja se décida à rejoindre le couvert de l’arbre au lieu de rester planter au beau milieu du chemin ensablé. Elle commença d’abord par échauffer ses articulations, pris le temps d’étirer avec délicatesse les muscles de ses jambes mais aussi son torse et fini par son cou. Lorsqu’elle prenait son temps, elle pouvait y passer une bonne demi-heure avant de sentir son corps être aussi souple que celui d’un chat et elle adorait cette sensation de liberté physique.

Et lorsque son regard se posa sur son informateur du jour, elle n’eut pas besoin de rechercher dans sa mémoire pour être sûre qu’il s’agisse de la bonne personne. La simple présence de cet homme écartait toute celle des autres et Freyja ne mit guère de temps à comprendre que les indications présentes dans son dossier ne mentaient pas.

▬ « Comment se porte ton grand-père ? »
Un fin sourire étira le bord de ses lèvres lorsqu’elle l’entendit parler. Lorsqu’elle avait ouvert les documents et vu leur mot de passe commun, la demoiselle en avait ri au point d’avoir mal au ventre pendant quelques minutes. Elle redressa la tête, observant attentivement le regard de Narcisse, cet homme politique qui vendait des informations à la Pègre en échange de plusieurs billets. Elle ne pouvait pas vraiment lui reprocher quoique se soit parce qu’après tout, elle en faisait un peu de même : elle vendait les informations qu’elle récupérait selon ses différentes conversations.
▬ « Oh tu sais, il se porte toujours aussi bien mais il a tendance à dépasser ses limites ! », répondit-elle en lui offrant un sourire totalement faux.
Elle s’était créée un sourire propre à son travail, une petite mimique qui faisait remonter le coin de ses lèvres mais qui n’atteignait jamais ses yeux. Parce qu’elle n’avait pas besoin d’être vrai ici, parce qu’elle n’avait pas besoin de toucher le cœur des gens et parce qu’elle souhaitait avant tout se protéger des imbéciles. Et même si ce Narcisse était un homme intelligent, il n’était qu’un imbécile parmi tous les autres.
▬ « On commence ? Je n’ai pas envie de me refroidir ! », lui lança-t-elle avant de lui montrer son dos.
La jeune femme s’étira une dernière fois sous le regard douteux de quelques passants. Malgré son ample tee-shirt et son sous-vêtement de sport, quelques formes se dessinaient sous le tissu.

Freyja fit quelques sauts en s’avançant vers le chemin sablonné et se retourna une dernière fois vers le politicien pour l’inciter à engager la conversation. Elle n’était déjà pas douée avec la parole envers son entourage alors il ne fallait pas lui demander de devenir une véritable pipelette avec des étrangers.
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Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 149 messages
Ven 25 Nov 2016 23:41

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Narcisse hocha inostensiblement la tête lorsque la belle répondit. C’était la réponse qu’il attendait, celle qui lui confirmait ses doutes et ses attentes. C’était donc bien elle, son contact. Une fillette au visage de gamine. Il la toisa rapidement, balaya sa silhouette d’un regard en songeant que, peut-être, la pègre se moquait de lui. Il resta cependant impassible et lui rendit un sourire hypocrite à peine forcé. Narcisse avait un accord et en échange de cet accord, une certaine somme d’argent. Au fond, peu importait qu’il rapporte ses secrets à un vieux barbu ou à une jeune femme en jogging. Tout ce qui importait, c’était qu’on le paye grassement en retour. Un salaire garanti pouvait bien lui permettre de ne pas se soucier de ces détails, aussi décida-t-il de suivre la jeune femme quand elle se mit à courir. Il se concentra sur sa respiration. Un, deux. Trois, quatre. A chaque chiffre pair, c’était son pied droit qui touchait le sol. Cinq, six. Sept, huit. C’était en se concentrant sur des chiffres futiles et des gestes sans intérêt qu’il parvenait à courir aussi longtemps tous les jours. Oublier la fatigue en comptant, c’était bien pratique. Tout en surveillant la fréquence d’appui de son pied droit, Narcisse observa à nouveau sa montre pour noter l’heure du début de rendez-vous. Ils avaient peu de temps, autant ne pas le gâcher.

« Madame Klaus est remontée. Elle prévoit de renforcer les effectifs de Proioxis, j’ai entendu dire qu’une partie du budget de la ville allait y être concentrée. »

Il parlait sur le ton d’une conversation banale, comme il aurait pu évoquer la pluie ou le beau temps. Le parc était assez désert pour qu’il puisse ne pas s’embêter de codes secrets, surtout qu’il ne connaissait pas du tout son interlocutrice et que personne ne cryptait ses informations de la même manière. Autant être clair et précis, il pourrait expédier la tâche rapidement et vite retourner à sa petite vie d’homme honnête et de citoyen modèle. Moins il s’exposait aux risques, mieux il se portait. Narcisse savait s’y prendre pour gérer ses sombres affaires sans trop se salir les mains. Quoi qu’il en soit, une fois ses informations lâchées, il aurait terminé son boulot et le chèque suivrait plus tard. La pègre devait bien se douter que la maire allait agir un jour ou l’autre. Depuis le scandale Xarunta, il semblait qu’on ne savait plus où donner de la tête et les voyous s’en donnaient à cœur joie. Entre les manifestations dans certains quartiers, les rassemblements pacifiques pour d’autres et les autres soucis qui ébranlaient la cité, Proioxis en avait, des foules, à gérer. Il ne manquait plus qu’à informer la pègre des mesures qui seraient prises et ils pourraient anticiper les actions de la milice pour mieux frapper. Pas que Narcisse veuille voir la ville tomber. Il s’en fichait. Il voulait simplement son pot-de-vin.

« L’est du quatrième arrondissement va être surveillé de près. », Ajouta le politicien.

Il continuait de courir paisiblement. Qui aurait pu se douter, en le voyant de loin, qu’il était en réalité en train de manquer à ses principes d’homme politique et qu’il trahissait la population d’Anadéia en se laissant séduire par l’argent ? On ne voyait qu’un coureur converser tranquillement avec une jeune fille. Rien de suspect, en somme. Ah ça oui, il était doué pour sauver les apparences… Il ne prêtait pas attention à son honneur, ses principes et sa fidélité, mais son image, ça c’était important. Plus important que tout. Alors, tout en s’assurant de bien présenter, de garder sa face innocente de citoyen ordinaire, il ajouta quelques détails sur les lois en questionnement actuel, sur les membres du Parlement et deux ou trois mots sur la situation dans la vie politique de la cité. Rien de tout ça n’était encore connu de la population. Des informations inédites voir confidentielles pour certaines, que Narcisse avait le culot de balancer à une fillette qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Il ne se posait déjà plus de question sur sa légitimité au sein de la pègre. Il espérait juste qu’elle puisse tout retenir étant donné qu’elle ne pouvait pas prendre de notes. Serait-elle capable d’assimiler tout ça et de tout retranscrire sans déformations à son patron ? Oui, Narcisse la sous-estimait un peu ; en partie pour son jeune âge mais également pour son sexe – un brin de misogynie mal placé pour ce politicien pourtant respectueux de la gente féminine, d’ordinaire.

Il ne fallut pas beaucoup de temps pour qu’il lui communique tout ce qu’il avait à dire. Il n’attendait pas de réponse ni de réaction, bien qu’il lui laissait parfois le temps de rétorquer quelques chose, histoire que ça ait vraiment l’air d’une conversation, vu de loin. Il se fichait bien de ce qu’elle pensait, de ce qu’elle approuvait ou désapprouvait. Il se fichait bien qu’elle dise que ça suffisait ou au contraire, que ce n’était pas assez. Il avait tout dit, il avait terminé. Il le lui fit comprendre en se taisant pour marquer la fin de ses confessions.
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Freyja Toivonen is offline
Proioxis // 109 messages
Mer 30 Nov 2016 20:36
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Freyja écoutait, attentive, buvant les moindre propos du politicien. Elle enregistrait tout, absolument tout et classait immédiatement les mots dans des cases spécifiques ; c’était de cette manière que la jeune femme arrivait à rapporter un maximum d’informations sans les déformer. Ce n’était pas une chose aisée de le faire en courant mais il suffisait qu’elle se concentre un peu plus que d’habitude et l’action lui paraissait tout de suite plus simple.

Le plus dangereux dans leur situation n’était pas cette transmission d’éléments inconnus mais plutôt les nombreuses personnes qu’ils croisaient sur leur passage. Parce qu’être d’un aspect innocent d’un point de vue extérieur est une chose classique mais l’être en étant beaucoup plus proche d’individu, cela devenait nettement plus complexe. Pourtant, Freyja frissonnait en sachant cela. Elle ne risquait pas grand-chose par rapport à sa source mais l’interdit était une chose qui la mettait sur des charbons ardents.

La jeune femme s’était facilement calquait sur l’allure de son partenaire de course mais cela la dérangeait beaucoup. Déjà épuisée par sa nuit et son manque de sommeil, elle n’aimait pas devoir s’adapter lors du seul moment qu’elle estimait unique. Freyja aimait courir seul, observer le monde de ses pupilles grandes ouvertes, profitait de la brise matinale et humer l’herbe encore fraîche. Alors partager ce moment solitaire la dérangeait sur bien des aspects. Habituellement, la demoiselle courait comme elle le souhaitait, musique battant au rythme de son cœur et son souffle suivait les notes dans une symphonie vibrante d’émotions.

Mais elle était là, à suivre cet homme comme une vulgaire chienne en attente d’un os à ronger. Qu’est-ce qu’elle détestait ça d’être au service d’un individu, surtout lorsque ce dernier semblait la prendre pour la dernière des crétines. Freyja songea à lui crocheter l’une de ses longues jambes pour qu’il s’écrase sur le sol mais une partie d’elle-même était contre cette idée, alors elle resta sagement à ses côtés à grignoter son frein jusqu’à que ce dernier ne décide de lâcher. Elle répondait d’une manière nonchalante, quelque fois par monosyllabe ou avec quelques mots mais rien de vraiment sérieux. La jeune femme restait discrète et effacée pour éviter que sa colère ne prenne le dessus sur ses actes et qu’elle ne vienne à regretter ses actions plus tard. Mais à chacun de ses pas, à chaque saut, à chaque parole qui sortait de sa bouche, c’était ses chaines qui se rompaient. Lorsqu’il termina son flot de propos, elle pila nette, faillit se faire bousculer de derrière mais le regard noir qu’elle jeta aux grognons les fit détaler vers un nouveau tour de piste.

Freyja leva ses pupilles vers sa source du jour. Oh, elle savait très bien qu’il ne voyait en elle qu’une gamine, qu’il n’en avait rien à faire de sa personne tant qu’il recevait son chèque à la fin mais sa manière d’agir l’insupportait plus que tout. Elle avait l’impression d’avoir mis le doigt sur quelque chose de bien plus gros et si son instinct était bon, il n’était qu’un aspect du miroir, une simple surface réfléchissante qu’il montrait au monde.

Oh, elle ne l’avait pas déduit du premier coup d’œil, loin de là. Il lui avait fallu toute leur « conversation » pour s’en rendre compte : sa manière de courir, de parler, de se montrer aux autres, c’était bien trop carré et parfait pour être vrai. Sauf qu’elle ne savait pas comment aborder ce sujet-là ! Freyja ne souhaitait pas découvrir les plaies, juste qu’il arrête de la regarder comme une vulgaire gamine sortit de nulle part. Elle n’attendait pas qu’on la nourrisse à coup de bisous et d’amour, mais un brin de reconnaissance ne lui faisait jamais de mal.

Habituellement, chaque informateur avait ses sources et même si à ses débuts Freyja avait eu du mal à se faire respecter, désormais on lui fournissait les informations avec une facilité étonnante. Celles d’aujourd’hui n’avaient pas été compliqué à récupérer mais l’individu qui les lui avait fournis ne faisait pas partit de ses habitués. Alors elle fit quelque chose qu’elle n’aurait jamais fait à d’autre. Freyja recula de quelques pas avant de s’élancer vers Narcisse, lui donnant une bonne claque dans le dos.

« Comme d’habitude, ça fait beaucoup de bien de pouvoir parler avec toi, lui lança-t-elle avec un sourire éclatant. »

Il serait sûrement étonné de cette action mais il n’avait sûrement pas remarqué cet imposant personnage qui courrait vers eux. Parce que d’une le politicien était de dos et de deux, Freyja avait eu la chance de se retourner à ce moment-là. Un autre membre du Parlement se rapprochait dangereusement d’eux et Freyja n’avait rien trouvé d’autre à faire que cette stupide claque pour faire croire qu’ils étaient proches.

« Bonjour Narcisse, ce n’est pas souvent que je te croise en courant, commença le politicien avec un sourire de parfait hypocrite. Je ne savais pas que tu avais une petite sœur ! »

Parce qu’elle avait vraiment la tête de la petite sœur ? Bon, s’il pensait que c’était le cas, ce n’était pas plus mal mais au choix, Freyja préférait largement se faire passe pour une voisine et elle n’hésita pas à l’exprimer à voix haute. L’individu s’excusa et repartit de bien ferme lorsqu’une brune aux formes pulpeuses l’appela de loin. La fameuse brune écarquilla les yeux en croisant le regard de Freyja et la jeune femme lui rendit un sourire de carnivore venant de découvrir sa prochaine proie. La Toivonen l’avait déjà rencontré dans la rue et ce n’était pas la femme la plus sage du quatrième arrondissement, loin de là !

« Tiens, t’as encore la marque de ma main dans le dos, constata Freyja. »

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Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 149 messages
Dim 4 Déc 2016 14:06

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Feat Freyja & Narcisse

En la voyant s’arrêter brusquement, Narcisse arqua un sourcil. Il s’arrêta à son tour et refit quelques pas en arrière pour se rapprocher de la belle. Il avait fait son boulot, craché ses informations, il se demandait bien ce qu’elle avait à y redire. Il s’attendait à une remarque, une parole, peut-être bien une critique ou une plainte, mais certainement pas à une violente claque dans le dos. La belle avait beau avoir l’air frêle, elle en avait, de la force. La main s’abattit dans son dos et Narcisse sursauta aussi net sous la vive douleur qui l’électrisa un court instant. Bon sang. Ça faisait mal ! Et pourtant, ce brusque pincement ne l’empêcha pas de sourire. Les apparences. Penser aux apparences. Il pinça les lèvres dans un sourire sec et poli. « Un bien fou. », Répondit-il alors qu’il poussait un juron intérieurement. Il était certain que s’il retirait son tee-shirt, on verrait la trace nette et écarlate de la main de cette fille. Il était persuadé que ça resterait même un long moment. Ça lui apprendra à sous-estimer son interlocuteur. La douleur passa aussi rapidement qu’elle était venue et Narcisse comprit rapidement le pourquoi du comment. Une voix familière résonna derrière lui et il se retourna. Un collègue du Parlement. Il se disait bien que trop peu de gens se trouvaient autour pour se prêter à une telle comédie. C’était étrange. Il ne l’avait pas vu arriver.

« Alexander. » Sourire forcé. Ce qu’il détestait croiser des collègues en dehors du boulot.

Narcisse tiqua quand la fille prit les devants pour se faire passer pour une voisine. Quelle conne, songea-t-il sans se départir de son sourire. Comme s’il allait courir avec une voisine. Lorsque l’on connaissait bien Narcisse, on se doutait qu’il n’allait pas courir avec une voisine, mais cette petite idiote ne pouvait pas le savoir. Pourquoi diable ne l’avait-elle pas laissé répondre avant ? C’était à son collègue qu’il s’adressait, après tout. Cette gamine avait le crâne aussi vide qu’elle en avait l’air. Pour un membre de la pègre, c’était une bien mauvaise stratégie que de se montrer aussi amateur dans l’art de la manipulation. Il aurait suffi de réfléchir un peu pour juger plus sage de laisser Narcisse étaler ses mensonges, avant de dire des bêtises. Ça l’agaça. Décidément, le petit peuple… Heureusement que lui vivait au-dessus de son ça, habituellement. Et heureusement que son collègue était plus une connaissance qu’un ami, puisqu’il ne sembla pas trouver la situation étrange. Narcisse enroba le vil mensonge de sourire et de bobards supplémentaires, mimant une complicité certaine avec la soi-disant voisine avant d’émettre un rire étonnamment naturel. Un sacré comédien. C’était lui, après tout, le maître ès manipulation. Alexander s’en alla en filant quand une femme le héla et Narcisse se demanda bien qui pouvait être cette jolie plante. Une prostituée, pensa-t-il impunément en songeant que son collègue n’aurait jamais pu séduire une fille pareille sans s’aider de quelques billets. Il adressa à l’homme un bref signe de main tandis que son dos chauffait encore doucement, là où Freyja l’avait énergiquement claqué.

« Évidemment. Tu n’as pas été très tendre avec moi. » Ses lèvres s’arquèrent en un rictus amusé. « Chère voisine. »

Heureusement qu’ils étaient entourés d’idiots. Narcisse partait toujours du principe que l’on pouvait questionner la moindre de ses paroles. C’était pour cette raison qu’il choisissait toujours le mensonge le plus viable, celui qu’on ne pouvait pas remettre en question, celui qu’on ne jugeait pas utile d’analyser et de décortiquer. Celui qui passait comme une lettre à la poste. C’était tout un art. Ne s’y prêtait pas qui voulait. Narcisse avait mis des années pour maîtriser les bobards à la perfection et pour se forger cette image de citoyen honnête et parfait. Un bel homme sportif, aimable, galant, travailleur et enjoué. C’était un si beau mensonge qu’on avait envie d’y croire. Narcisse glissa distraitement la main dans son dos pour effleurer la marque de main en soupirant. Il n’aimait pas beaucoup les femmes brusques. Une femme, ça devait être délicat. Ça devait être doux. Il n’était pas misogyne, mais Narcisse avait son idée préconçue de la femme parfaite, très fortement influencée par les images que martelait la publicité et par les clichés de la société actuelle. Il avait en tout cas tendance à se rapprocher des femmes dont l’image correspondait le plus à cette idée, et la douce et redoutable Freyja en était assez loin. Ses petites affaires lui faisaient décidément rencontrer des personnes à qui il n’aurait jamais adressé la parole en temps normal.

« En tout cas, c’était sympa, ce petit footing à deux. On devrait remettre ça. », Lança-t-il avec un certain enthousiasme que n’importe qui aurait pu s’y tromper.

Bien entendu, très honnêtement, Narcisse n’était pas contre remettre ça. Du moment que l’argent suivait à la clé. Et puis, même s’il avait jugé la belle d’un regard, c’était malgré tout agréable de discuter avec une jolie femme plutôt qu’un gros dur à la mine patibulaire. Ça correspondait plus à son esthétique. Ça renvoyait un ensemble plus harmonieux. Oui, Narcisse prêtait attention à ce genre de détails. On questionnait moins un couple de personnes qui allait bien ensemble plutôt qu’une paire trop hétéroclite. Le fait-même que Freyja soit une femme rendait les choses au moins trois fois plus faciles. La plupart des gens était stupide, après tout. Personne ne se doutait que sous leurs yeux se jouaient de sombres accords, des marchés qui mettaient en péril la tranquillité feinte de la cité. Ça faisait un moment que Narcisse abreuvait la pègre de ses informations diverses. Il ignorait jusqu’où les conséquences de sa corruption s’étendait, mais il se doutait bien que peut-être, un jour, dans un avenir proche, ses paroles contribueraient à la lente implosion d’Anadéia. Depuis Xarunta, la ville était affaiblie.

« Je commence le boulot dans trois quarts d’heure. », Constata le politicien en jetant un bref regard à sa montre. « Ça te dit, un café ? »

Il lui avait posé la question comme si elle avait été une véritable partenaire de footing, comme si lui et elle étaient vraiment amis. Ça avait été aussi bien la continuité de leur petite comédie à deux qu’un réflexe de politesse. A force de jouer les hommes galants, Narcisse avait adopté quelques automatismes.
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Freyja Toivonen is offline
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Dim 18 Déc 2016 19:18
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L’avait-elle énervé ? Cette petite lueur de colère qui fila le temps de quelques secondes dans son regard, répondait à cette question avec une évidence certaine. Oui, Freyja l’avait mis dans une certaine rage en répondant à sa place. Etait-ce parce qu’il souhaitait avoir le contrôle de tout ce qui l’entourait ? Ou parce qu’il s’agissait seulement d’une habitude de manipulateur ? La jeune femme n’en savait rien et ne souhaitait, de toute manière, pas le savoir. Et puis, elle aimait bien le regarder ce dépêtre, se sortir du traquenard qu’elle avait inconsciemment mis en place. De toute manière, l’homme serait bien trop occupé pour se rappeler que Narcisse ait une voisine.

« Je n’ai jamais dit être la voisine du palier, rétorqua-t-elle malicieusement. »

A ses yeux, le mot « voisin » ne voulait pas dire grand-chose car cela signifiait autant être un individu vivant dans l’appartement à côté du tien, qu’un être vivant dans la ville voisine. Et puis, il fallait avouer qu’elle se délestait de cette situation, bien plus qu’elle ne l’aurait pensé. Elle venait de trouver en ce politicien un homme capable de se contrôler, alors, elle avait l’envie folle de voir jusqu’à où le masque tiendrait. Les fissures se formaient et se déformaient à longueur de journée, il les réparait rapidement mais les marques étaient toujours présentes tels des blessures mal cicatrisées. Ce n’avait pas envie de planter le couteau dans la plaie, non, elle voulait juste voir qui il était derrière cette face d’homme bienveillant. Habituellement, elle serait juste partie comme si rien ne s’était passé, mais cette simple petite ouverture avait titillé sa curiosité.

« Pourquoi pas, répondit-elle. »

A dire vrai, elle en doutait fort. Narcisse n’était pas son informateur et encore moins un quelconque client. Qui plus est, ce n’était pas sa zone de recherche alors elle ne risquait sûrement pas de courir avec lui à nouveau. Sauf que Freyja ne pouvait juste pas lui dire cela haut et fort au risque que quelqu’un l’entende, et ça, c’était la dernière chose qu’elle souhaitait voir arriver.

Une goutte de pluie tomba sur le bout de son nez et par réflexe, Freyja leva les yeux. D’épais nuages gris s’étaient amoncelés au-dessus de leur tête, et trop obnubilée par Narcisse, la jeune femme ne s’en était pas rendu compte. Elle n’était pas une grande fan de la pluie mais pas pour les mêmes raisons que la plupart des autres individus. Certes, cela mouillait mais ce n’était pas grande chose car les rues devenaient souvent désertes par contre, il devenait difficile de suivre quelqu’un ou même d’écouter un informateur qui grelotait de froid toutes les secondes. Alors elle profita pleinement de l’offre du politicien pour aller se mettre à l’abri avant de retourner donner son compte rendu.

« Je ne resterai pas aussi longtemps mais c’est une très bonne idée. Tu as une idée ou on prend le premier qui est ouvert ? questionna-t-elle rapidement. »

Elle était assez étonnée qu’il lui propose un café. D’une parce qu’il ne semblait pas l’apprécier plus que ça et de deux, cela paraitrait encore plus étrange de les voir siroter une boisson chaude tranquillement dans un coin. Alors elle se demanda s’il le faisait exprès pour la retenir – questionnement qu’elle trouvait très étrange – ou s’il l’avait fait par pur réflexe car elle était une femme – ce qui le mettait directement dans le panier « d’homme à femme ». Elle se promit de lui poser la question si elle devait le revoir ou alors d’en obtenir l’information via autrui, même si c’était tout de suite moins intéressant.

Et tandis qu’elle attendait sagement de savoir si oui ou non Narcisse savait où aller, Freyja porta son regard sur un groupe de jeunes femmes. Ayant quasiment toute le même code vestimentaire pour aller faire un footing – ou draguer, elle ne savait pas – elles étaient maquillées à outrance et la jeune femme se doutait qu’en s’approchant une odeur forte de parfum lui ferait plisser le nez. Les cinq femmes parlaient tout bas en regardant attentivement le politicien puis Freyja et lorsque son regard croisa celle qui devait être le leader, la demoiselle se demanda vaguement s’il était possible d’être tué d’un seul regard. Alors, à son tour, elle se mit à détailler un peu plus son informateur exceptionnel. Il ne fallait pas le cacher, c’était plutôt un bel homme qui s’entretenait et avait une bonne position au sein de la société mais son caractère se ramena tel un boomerang dans l’esprit de Freyja qui grimaça sur le coup.

« J’avais oublié qu’il fallait se prémunir des regards tueurs lorsqu’on sort avec toi, lui lança-t-elle légèrement dépitée. » En même temps, ce n’était pas elle qui allait faire fureur aujourd’hui au vu de la dégaine qu’elle avait. Et puis, Freyja devait ressembler à un mélange de panda version zombie affamé, rien de très glamour et sexy. Elle tira doucement sur le bas de son haut, regarda son pantalon et ses chaussures et glissa ses doigts dans ses cheveux bizarrement attachés. Ouais, y’avait strictement rien d’attirant dans sa tenue et, étrangement, elle s’en sentit gênée.

Le petit groupe passa à côté d’eux en courant et l’odeur capiteuse du parfum parvint jusqu’aux narines de Freyja. Les jeunes femmes s’arrêtèrent juste devant Narcisse, faisant semblant d’être complétement essoufflées et elles repartirent en se déhanchant plus qu’en marchant. Freyja était bouche bée, complétement étonnée de voir qu’il existait encore ce type de spécimen qui pensait réussir à draguer de cette manière. Pourtant, elles se firent siffler en sortant du parc. La jeune femme jeta un coup d’œil à Narcisse afin de voir si lui aussi les avait suivi du regard.

« Rassure-moi grand manitou et dis-moi que tu côtois des femmes bien plus sophistiquées que ça ? demanda-t-elle.»

Et le déluge s’abattit sur eux. Freyja sursauta au contact de l’eau glaciale et un petit couinement s’échappa de ses lèvres alors qu’elle s’enfuyait vers le café le plus proche, ne cherchant même pas à savoir si Narcisse la suivait ou non.

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Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 149 messages
Sam 31 Déc 2016 01:35

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Feat Freyja & Narcisse

Narcisse aimait les regards – tous les regards. Il y avait quelque chose de rassurant dans le fait d’être regardé. Peut-être la confirmation d’exister. On me regarde donc je suis. Il était rassuré par ces œillades, il en avait besoin, un peu comme on avait besoin d’oxygène pour respirer. Narcisse savait comment s’y prendre, pour attirer l’attention. Il était usé à cette routine depuis des années, si bien que les regards étaient devenus une sensation juste légère, vaporeuse, un poids sur ses épaules qu’il ressentait instinctivement sans véritablement y porter attention. Les propriétaires des regards importaient peu, seul importait la sensation indescriptible et puissante qu’était l’impression d’exister. Je suis là. Je suis là, disait le politicien par sa simple présence, par sa prestance, ses mots, ses gestes et ses attitudes. Je suis là, regardez-moi. Il avait appris à ignorer la présence des gens, à feindre l’indifférence. Quand Freyja lui fit remarquer la présence des femmes qui le reluquaient, il arqua un sourcil en redressant le visage vers elles. C’est à peine s’il les avait remarquées, avant que l’informatrice ne le dise à voix haute. Narcisse les détailla d’un regard, un sourire au coin des lèvres.

« C’est étrange. », Souffla-t-il à l’adresse de la belle. « Les femmes ne voient que le regard des femmes. »

C’était presque comme s’il s’était parlé à lui-même en soupirant cela. Narcisse, lui, sentait les regards de tout le monde. Les œillades amourachées des femmes et les regards furieux et jaloux des hommes. Et même jusqu’aux yeux curieux des enfants ! Ces regards, Narcisse les percevait même s’ils ne lui étaient pas destinés. Et contrairement à ce qu’elle semblait croire, Freyja aussi, était regardée. Les hommes regardaient toutes les femmes, de toute façon. Narcisse n’était pas bien différent des autres, sur ce point. Il ne se priva d’ailleurs pas de reluquer les jolies créatures qui passèrent juste à côté d’eux, leur adressant même un petit geste de la main pour les saluer. Elles lui répondirent en gloussant, ce qui le fit sourire un peu plus – le rire des femmes, la plus belle musique du monde. Il adorait ça, quand les femmes redevenaient des adolescentes devant lui. L’égo flatté et le cœur gonflé de fierté, il se força à quitter le petit groupe du regard pour se reconcentrer sur Freyja en lui adressant un rictus débordant d’innocence. Au footing ou au travail, en compagnie d’un collègue ou de l’intermédiaire de son client, Narcisse restait Narcisse, un homme qui aimait qu’on le regarde. La remarque de la belle le fit ricaner – sincèrement. Il émit un rire amusé en secouant doucement la tête. Il ne pensait pas se détendre à ce point en telle compagnie, mais quelques tours du parc et un brin d’endorphine, sa douce euphorie l’incitait à se montrer plus affable.

« Évidemment, très chère. Regarde un peu quel genre de femme je côtoie en cet instant-même. »

Il en oublierait presque qui elle était. L’intermédiaire de son client. Une fille de la pègre. Il fallait toujours se méfier des apparences, Narcisse était bien placé pour le savoir. Pourtant, il se laissait un peu tromper par son visage si jeune et angélique. Et comme pour le punir de son semblant de flirt, le ciel se mit à gronder pour se déchirer et laisser tomber un véritable torrent sur les deux compères. Narcisse se protégea tant bien que mal avec sa veste en suivant Freyja jusqu’au café le plus proche. Une fois à l’abri, il retira de sa tête le col avec lequel il s’était protégé, poussant un soupir soulagé. Ses vêtements ne l’avaient cependant que partiellement protégé de l’averse et quelques mèches mouillées faisaient dégouliner de l’eau le long de ses joues. Narcisse soupira. Il fallait vite qu’il rentre se changer avant d’attraper froid. Il détestait rester cloué au lit. Se sentir ralenti par la fièvre était bien le pire des sentiments. Il frotta sa nuque humide en soupirant avant de tirer une chaise pour la belle. Gentleman en toutes circonstances, même après avoir affronté le déluge à la suite d’un footing. L’air était encore froid à cette heure-ci, surtout à cette période de l’année. Même son épaisse veste laissait s’insinuer le frais contre sa peau. Narcisse frissonna.

« Une boisson chaude ne sera pas de refus. », lança le politicien en hélant le serveur.

Il commanda un café allongé et laissa Freyja réclamer sa boisson avant de s’étirer longuement. Avec tout ça, il n’avait même pas pu faire ses étirements. Il espérait qu’il n’aurait pas de courbatures plus tard. Généralement, il s’arrangeait pour que ses muscles se remettent toujours de leurs émotions. Depuis le temps qu’il pratiquait le sport, Narcisse avait eu le temps d’apprendre ce qu’il fallait faire ou non. En cas d’échec dans sa carrière, il pourrait toujours se reconvertir en coach sportif. Dans l’idéal, toutefois, il préfèrerait conserver sa position actuelle. Ce ne serait pas avec un salaire de coach qu’il pourrait se payer son train de vie présent.

« Ça doit être bizarre, non ? De prendre un café avec moi… Tu ne dois pas faire ça très souvent. » C’était vrai qu’il lui avait proposé ça plus par politesse que par envie, mais s’il n’en avait vraiment pas eu envie, il serait parti sans demander son reste. « Je t’avoue que je reste rarement boire le café avec tes collègues, mais ils me sont moins sympathiques. Ils sont moins loquaces, aussi. »

Narcisse jeta un regard par la baie vitrée. La pluie se calmait un peu mais n’avait pas cessé. Ses tremblements avaient cessé à présent que la chaleur du troquet l’embrassait tendrement. Il y avait une odeur de café chaud qui régnait, ainsi qu’un léger brouhaha – à cette heure-ci, les clients étaient encore rares. Narcisse accueillit avec grand plaisir les commandes apportées par le serveur. Il posa délicatement ses doigts sur le rebord de la tasse blanche pour laisser la chaleur du breuvage chasser l’engourdissement du froid. Narcisse aimait le café, mais dans ces moments-là, il avait le goût du breuvage des dieux. Jamais une tasse n’avait été aussi bienvenue.

« A la tienne, chère voisine. »
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Freyja Toivonen is offline
Proioxis // 109 messages
Ven 6 Jan 2017 18:39
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Pendant plusieurs minutes, Freyja eu tout le loisir d’observer Narcisse du coin de l’œil. Il semblait plus détendu, plus calme presque plus ouvert. Le masque n’était pas tombé mais il y avait une toute petite fissure qui lui était adressée et, étrangement, elle apprécia ce changement. La jeune femme pourrait presque oublier qu’elle se trouvait trempé jusqu’aux os. Ses vêtements ne l’avaient pas protégé pour un sous et elle dégoulinait littéralement sur le paillasson du café dans lequel ils avaient pénétré pour se mettre à l’abri.

Freyja frotta le bout de ses doigts avant de s’asseoir sagement à l’emplacement trouvé par Narcisse. Elle avait bien besoin d’une douche bien chaude et d’une boisson apte à la réchauffer doucement de l’intérieur. La demoiselle était frigorifiée mais elle se serait presque jetée sur le serveur pour obtenir un chocolat chaud dans les plus brefs délais, si ce n’était pas dans la seconde. Elle glissa ses mains sous ses cuisses sans grand effet que de les mouiller d’avantage mais c’était une habitude difficile à perdre.

Freyja n’avait jamais eu une très bonne circulation sanguine et ressentait immédiatement les effets du froid sur les extrémités des mains et des pieds. D’ordinaire, elle se couvrait toujours deux fois plus qu’une personne lambda mais, ne s’attendant pas à rester avec le politicien, elle n’avait pas prévu de quoi se maintenir au chaud. Claquant légèrement des dents, elle plongea son regard dans celui de Narcisse. Il avait toujours cet air détendu mais encore trop brut pour être totalement vrai, mais il gardait un certain charisme et Freyja se demanda si l’attraction qu’avait son entourage pour lui serait toujours aussi fort lorsque le masque tomberait. Parce qu’un jour, cela serait sûrement le cas, il rencontrerait quelqu’un qui arriverait à transpercer sa carapace et à montrer au monde l’oisillon délicat qu’était le politicien.

« A vrai dire, je le fais plus souvent qu’on ne le croit, répondit-elle sincèrement. Mais, il est vrai que je ne m’attendais pas à aller boire un café avec toi. »

Il avait joué la carte de la vérité, Freyja devait en faire de même. Elle se repositionna correctement, faisant glisser ses mains vers une zone moins humide de son jogging, mais cela ne servait à rien. La demoiselle finit par abandonner l’espoir de se réchauffer rapidement en laissant ses mains retourner sur la table.

« Je ne les vois pas beaucoup, lança-t-elle. »

Freyja n’avait pas grand-chose à dire dessus. Habituellement, elle avait sa zone ainsi que ses clients et informateurs, et changeait rarement afin de garder un contrôle total. C’est pour cette raison qu’elle avait été totalement déstabilisé en apprenant cette mission et, il fallait l’avouer, elle était partie le voir avec pas mal de préjugés en tête. Certains s’étaient vérifiés, d’autres tendaient à changer et à être oubliés. Elle avait pourtant appris à se méfier des apparences, à ne pas partir dans une idée précise sans avoir déniché le revers de la médaille. C’était peut-être la fatigue, le manque de sommeil ou la rage qui l’avait mis dans cet état, voir même les trois.

Freyja accueillit avec une joie non-dissimulée sa tasse de chocolat et, malgré la chaleur que dégageait la tasse, elle positionna ses mains gelées autour de la porcelaine brûlante. Sans même boire une gorgée, la jeune femme se sentit reprendre vie.

« A la tienne, répondit-elle en souriant. »

Freyja reprenait lentement des couleurs, ses vêtements étaient toujours humides mais elle se sentait déjà beaucoup mieux. L’ambiance chaleureuse du café, l’absence de clients et le chocolat entre ses mains, elle avait subitement envie de fermer les yeux et dormir jusqu’à qu’on vienne la réveiller. Hélas, elle n’était pas seule et Freyja dû cligner des paupières plusieurs fois pour rester éveillée.

« Tu m’as parlé de mes collègues, mais les tiens, ils sont comment ? demanda-t-elle, subitement curieuse. »

Elle avait eu envie de savoir, de le comprendre, d’imaginer dans quel contexte il se déplaçait lorsqu’il ne se trouvait pas à courir dans un parc ou à discuter avec des membres de la Pègre pour quelques billets. Elle avait posé la question sans aucune délicatesse, mais sa curiosité était plus forte qu’elle. Le plus étrange, ce n’était pas qu’elle posait cette question indiscrète dans le but d’obtenir des informations à transmettre à son supérieur mais bien pour assouvir son intérêt subite pour cet homme mystérieux.

Elle avala rapidement une gorgée du breuvage et tira un peu la langue dans l’unique but de faire partir la sensation de brûlure. Le chocolat était encore trop chaud et, comme toujours, elle n’avait pas fait attention.

« Tu n’as jamais pensé à te stabiliser ? questionna-t-elle. »

Freyja souffla sur le chocolat dans l’espoir de le faire refroidir plus vite puis son regard se porta sur l’horloge accrochée au mur derrière Narcisse. L’heure tournée, inlassablement, elle ne voulait pas s’arrêter et entraîner dans sa course effrénée toutes les personnes qui en dépendaient. Bientôt, bientôt elle devrait aller faire son rapport et alors, peut-être, la laisserait-on aller dormir, paresser dans son lit, siroter quelques boissons chaudes tout en regardant la télé et les débilités qui s’y affichaient. Un fin sourire anima ses lèvres à cette pensée, ses muscles se détendirent et elle se serait presque laissée glisser le long de la chaise.

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Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 149 messages
Lun 16 Jan 2017 22:19

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Feat Freyja & Narcisse

Narcisse ne s’entendait pas avec tout le monde. Personne ne pouvait s’entendre avec tout le monde. Cependant, il s’assurait toujours d’entretenir des relations cordiales et respectueuses. Il était du genre à sourire aux gens qu’il haïssait, après tout. Même si ses collègues pouvaient l’énerver ou l’affliger, Narcisse restait en toutes circonstances souriant, aimable et joyeux. Un véritable miracle tombé du ciel, qui faisait le bonheur de la gente féminine, si rare dans le milieu politique. Ce n’était pas toujours facile. Même Narcisse pouvait se lever du mauvais pied, et quand on avait passé une courte nuit, supporter dès le matin des collègues trop bavards, agaçants et provocateurs pouvait s’avérer être une véritable épreuve. Narcisse prenait sur lui pour ne pas leur sauter à la gorge – ce n’était pas l’envie qui manquait, parfois, pourtant. Il fallait bien protéger les apparences et conserver sa réputation. Entretenir son image était un travail de tous les jours. Un travail qui n’était pas de tout repos, pas à la portée de tout le monde. C’était bien plus qu’un peu d’hypocrisie. C’était du self-control, de la sagesse et un brin d’intelligence. Il fallait vraiment le vouloir. Beaucoup auraient abandonné à sa place, mais Narcisse, lui, portait le masque depuis des années et il se faisait de plus en plus lourd, de plus en plus pénible. Il tenait bon, en espérant de tout son cœur qu’il puisse tenir jusqu’à la fin.

« Mes collègues ? Mh… » Il se donna quelques secondes pour réfléchir. « Barbants et redoutables. Toujours bien habillés. Parfois bedonnants. »

Il avait l’art et la manière d’en dire assez sans en dire trop. Narcisse avait la mauvaise manie de ne jamais parler de lui. Il n’aimait pas qu’on le connaisse trop et quand il se retrouvait confronté à quelques questions, il s’arrangeait toujours pour y répondre de manière assez habile afin d’esquiver plus ou moins. Laisser les gens le connaître un peu trop, c’était prendre le risque d’exposer ses faiblesses. Il ne voulait pas de ça. Il avait bien trop peur, même s’il refusait de le reconnaître. Il sirota doucement son café en laissant son regard azuré observer l’extérieur, espérant que la pluie cesse rapidement. Il fallait qu’il rentre se doucher et se changer avant d’aller travailler. La journée allait être longue. Autant profiter de cette petite pause jusqu’au bout, d’autant plus qu’il n’était pas en mauvaise compagnie. La belle semblait encline à discuter avec lui le temps de ce café, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

« Me stabiliser ? » Il arqua un sourcil, curieux. « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Trouver un travail honnête et me poser ? J’ai déjà ça. Je ne me prive pas des extras, tout simplement. »

Il haussa les épaules. Il l’avait déjà entendu, le fameux discours, ce sempiternel « L’argent ne fait pas le bonheur ». Mais le bonheur… C’était quoi le bonheur, sinon un bel appartement, un frigo bien rempli, des vêtements bien taillés et un train de vie confortable ? Narcisse était heureux comme ça, et bien plus que s’il devait vivre dans un deux pièces étriqués en portant des costumes d’occasion – il en était certain. Il n’avait pas envie de se justifier quant à ses choix ; il n’en avait même pas besoin. Ses accords avec la pègre et ses contacts ponctuels avec des informateurs lui rapportaient un salaire non négligeable. Ça demandait un certain talent pour cacher ces revenus illégaux et éviter de se faire repérer par le fisc, mais jusqu’ici, Narcisse se débrouillait. Peut-être qu’un jour, on le prendrait la main dans le sac. Peut-être qu’un jour, il terminerait derrière les barreaux, en compagnie de ces voyous qu’il abreuvait d’informations. Ça lui ferait bizarre, de tout perdre du jour au lendemain, d’autant plus que tout ce qu’il possédait n’était que matériel. Il redoutait ce jour sans pour autant cesser ses marchés. Si un jour la punition lui tomberait dessus, alors il ne récolterait que ce qu’il aurait semé.

« Tu es bien amusante. Et toi, tu n’as jamais songé à vivre une vie honnête de bonne femme qui se respecte ? », Rétorqua le blond entre deux gorgées de café. « Tu t’ennuierais, hein ? »

Il esquissa un mince sourire, amusé, s’imaginant ce que devait ressentir un voyou qui se rangeait pour arrêter ses sombres affaires. Troquer les armes contre le tablier et le manche à balai… L’image était amusante. Narcisse termina sa tasse de café de souffler longuement, finalement réchauffé. Ses vêtements étaient encore bien humides mais il s’en débarrasserait rapidement pour une douche bien chaude. Il fallait qu’il bouge avant que la chaleur du lieu ne l’engourdisse trop. Ou bien avant que la belle ne finisse pas trop vouloir lui tirer les vers du nez. Narcisse était d’accord pour une conversation autour d’un café, mais pas si la discussion portait sur lui. C’était loin d’être son sujet de conversation favori. Il fouilla dans sa poche pour en sortir un billet qu’il posa sur la table afin de régler les deux consommations. Il jugeait que la rencontre se terminait là. Tout avait été dit, échangé, le marché était rempli, leurs chemins se séparaient ici.

« Il est temps pour moi de rentrer, je dois me changer avant d’aller travailler. Merci pour cet agréable moment, voisine. » Il ne disait pas tout à fait faux. Le footing n’avait pas été désagréable. « A plus. », Lança-t-il sans trop savoir s’ils se reverraient un jour.

Quelle importance ? L’un comme l’autre y trouveraient leur compte. Elle, des informations, lui, son pot-de-vin. Ce n’était pas une rencontre comme les autres qui déboucherait sur une quelconque amitié. Ce n’était qu’un moment de mensonges et de corruption au sein d’une cité qui ne se doutait de rien. Après un dernier signe de la main, Narcisse tourna les talons et quitta le bar sans même se retourner une seule fois.
awful


Bon, j'ai décidé de finir le RP ici parce que je ne voyais pas comment aller plus loin... Si ça ne te va pas, je peux toujours changer !
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