« We all have stories we won't ever tell »

Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 158 messages
Dim 4 Nov 2018 23:05

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We all have stories we won't ever tell

Narcisse jeta un regard à sa montre avant de pénétrer dans la boîte. Vingt heures et cinquante-quatre minutes, soit six minutes avant l’heure de rendez-vous qu’ils s’étaient donnés avec cet inconnu. Il ne savait rien de l’homme qu’il rencontrait ce soir, simplement que c’était un petit pirate informatique capable de déguiser quelques transactions bancaires histoire de montrer patte blanche au gouvernement en cas de contrôle. Narcisse n’aurait jamais imaginé en arriver là un jour, mais de corruption en pot-de-vin, petit à petit, il commençait à amasser un sacré pactole qui risquerait d’attirer l’attention des autorités s’il ne se montrait pas prudent. Il fallait dire que même si son salaire ne le faisait pas rougir, un peu trop de zéros derrière le premier chiffre du montant de son compte courant, c’était tout de même sacrément suspect. Il avait eu les coordonnées de son hacker complètement par hasard, au détour d’une conversation avec un membre de la pègre lors de l’échange furtif d’une enveloppe de billets en retour de quelques informations sur les affaires du Parlement. De temps à autre, Narcisse aimait s’offrir ce genre de bonus. Il fallait dire que c’était plutôt cher payé, pour quelques minutes de discussion, et il pouvait se faire plaisir avec un beau costume, une paire de chaussures neuves ou bien un bon repas au meilleur restaurant gastronomique d’Anadéia. Non, les remords ne lui coupaient pas l’appétit, il y avait belle lurette que sa conscience avait cessé de le travailler, à mesure que son portefeuille s’alourdissait de tout cet argent sale. Aux yeux des gens, il était toujours Narcisse Delaunay, homme politique sans histoire, charmant et beau en plus de ça ! Qui donc aurait pu soupçonner la corruption et l’infamie, derrière ce sourire charmeur et ce regard pétillant de vie ? La vie n’était qu’une grande comédie où Narcisse jouait merveilleusement son rôle. Un beau rôle, à en juger par sa jolie Rolex aux rouages brillants et dorés.

L’aiguille des secondes passa sur le douze et Narcisse se décida à avancer vers le comptoir. Vingt heures et cinquante-cinq minutes, c’était pour lui l’heure parfaite. Pas trop en avance pour ne pas embarrasser son interlocuteur, pas de retard, mais pas non plus une arrivée à l’heure précise du rendez-vous. C’était pour lui la politesse idéale, et quand bien même ce rendez-vous traitait d’un sujet en dehors du système légal, Narcisse ne se départait pas de son assiduité habituelle. On pouvait être un politicien corrompu et avoir des principes, quand même ! L’homme lui avait dit de le retrouver dans cette boîte obscure, au bar, tout au bout du comptoir. Narcisse se sentait comme à un premier rendez-vous amoureux. Nerveux et excité à la fois. C’était bizarre, surtout en sachant qu’il ne s’agissait que de maquiller des virements bancaires pour alimenter un compte au Panama. En outre, cela n’avait absolument rien d’excitant… On lui avait promis que le hacker s’y connaissait, qu’il faisait ça depuis quelques temps maintenant et que ce n’était donc pour lui qu’une formalité. Les quelques échanges de mails qu’il avait eu avec le concerné lui avaient confirmé ces dires, et Narcisse ne s’attendait à rien de très surprenant, pour cette soirée. Il le saluerait, le paierait pour sa tâche et au revoir monsieur, tout simplement. Dans quelques jours, il pourrait dormir sur ses deux oreilles en sachant qu’une partie de son argent dormirait bien au chaud, en sécurité sur un compte caché. Il commençait à se transformer en vrai petit criminel à col blanc, il le réalisait aujourd’hui, mais de nos jours, quel homme riche n’avait pas quelques petits secrets à cacher ? Il ne faisait de mal à personne en s’enrichissant de la sorte… ce n’étaient que quelques bonus ici et là, que quelques pots-de-vin de temps à autre. Puisqu’il ne se salissait pas les mains avec le sang d’un autre, Narcisse considérait être plus ou moins dans son bon droit. Il faisait l’autruche à se persuader que ses activités illicites ne représentaient rien, comparées à la criminalité de la ville.

Narcisse ne savait pas trop à quoi ressemblerait physiquement son homme. Son ressenti étant biaisé par la réputation que les hackers avaient, il s’attendait à un type boutonneux avec un ventre à bière, le genre d’homme qui ne sortait pas trop de son antre. Ou bien au contraire, quelqu’un de très maigre et très pâle, aux cheveux gras et à la coiffure peu entretenue. C’était le genre d’a priori que Narcisse avait, des clichés stupides que tout le monde se faisait sur les informaticiens et les férus de technologie. C’était idiot, puisqu’il était bien placé pour savoir qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences. Par exemple, derrière le visage affable d’un trentenaire pouvait se cacher un gamin blessé à l’âme nécrosée. Un gamin qui ne croyait plus en rien au point de se laisser corrompre par la superficialité des choses. Alors qu’il arrivait au bout du comptoir, il fut surpris de ne pas voir ce à quoi il s’attendait. Pas d’informaticien bedonnant, pas de geek malingre à lunettes. Juste… Cet homme. Chevelure blanche et visage fin. Traits délicats, si délicats que Narcisse fut frappé par la beauté atypique de cet inconnu. Il arqua un sourcil en regardant autour de lui, vérifiant si personne d’autre n’avait l’air d’attendre quelqu’un. Ce ne pouvait être qu’une erreur, il en était certain. Narcisse avait beau savoir que l’habit ne faisait pas le moine, il était sûr – sûr et certain – que ce type-là ne pouvait pas être hacker. Il n’avait pas une tête à pianoter sur les claviers et vendre ses services sur le marché noir. Certes, le boutonneux à lunettes était un cliché ingrat de ce métier, certes, tous les hackers ne ressemblaient pas à cette idée reçue idiote, mais là… Là, Narcisse avait de sérieux doutes, c’était loin, très loin de ce à quoi il s’attendait. L’homme n’avait même pas une tête de criminel, comment croire qu’il offrait des services du genre quand il avait le visage d’un ange ? Narcisse avait dû se tromper de boîte. Il consulta sa montre. Vingt heures cinquante-sept minutes et trente-huit secondes.

« Talarsa ? » Osa-t-il lancer avec prudence. Qui ne tente rien n’a rien. Peut-être que c’était lui, peut-être que c’était un intermédiaire. Peut-être que le vrai Talarsa était enfermé chez lui, derrière ses quinze écrans d’ordinateur, à pondre des centaines de lignes de code à la minute ? « C’est vous ? »

Il se rapprocha et tira le tabouret pour s’assoir à côté de lui. Un nom fictif. C’était certain. Il n’existait pas de parent assez étrange pour donner à son enfant un prénom pareil. Narcisse n’était pas surpris, c’était la moindre des prudences, que de prendre un faux nom pour se prémunir. Lui-même le faisait régulièrement, quand il avait besoin de rencontrer des membres de la pègre. On n’était jamais sûr de rien, et mieux valait prévenir que guérir…

« Je suis Ambroise. » Se présenta-t-il alors. Il ne lui tendit pas la main. Il jugeait le geste trop familier. « C’est moi qui vous ait contacté. »
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Dim 11 Nov 2018 19:07
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L’œil droit, puis l’œil gauche. C’est toujours le même rituel. Devant le miroir encadré d’ampoules incandescentes, la reine se dépouille de ses apparats de lumière. Son geste est méthodique et sûr, les étapes bien rôdées. Après les faux cils, vient toujours le moment de retirer son rouge à lèvres. Tandis que je finis de démaquiller les commissures de mes lèvres, j’aperçois Darling Star dans le reflet du miroir, l’air surprise. Cette dernière s’empare du siège voisin et commence à se repoudrer le nez avec d’amples gestes théâtraux. N’est pas une diva qui veut.
Tu t’en vas déjà, chérie ? Il est à peine 20h !
Entre deux passages de lingette démaquillante, je lui réponds avec détachement :
J’ai prévenu la patronne. Ce soir, je fais seulement le show de 19h. J’ai rendez-vous.
Je pense : no big deal. Pourtant, à ce moment-là, je me rends compte que ma désinvolture peut facilement passer pour de l’arrogance. Heureusement pour moi, Darling ne semble pas m’en tenir rigueur. Visiblement piquée dans sa curiosité, elle se dandine sur place comme un cliché d’adolescente attardée.
Oooh, je vois. Quelqu’un va tremper son biscuit…
Darling, dear, personne ne va tremper son biscuit. D’ailleurs, cette expression est plus utilisée depuis 1977. J’ai vérifié.
Darling Star laisse échapper un éclat de rire avant de frapper mon épaule du bout de ses doigts.
Vilaine. Allez, bisous, bisous.
Sans rancune, dear.
Je la regarde partir dans le reflet du miroir, comme elle est arrivée. Flamboyante. Au bout d’une dizaine de minutes, me voilà fin prêt. Je me regarde une dernière fois, réajuste mes vêtements d’homme et constate par moi-même que je n’ai plus rien d’une reine de la nuit. J’ai revêtu mon costume bleu marine à borderies bien cintré et une chemise blanche outrageusement ouverte, qui laisse entrevoir ma médaille en or. J’ai la classe, comme diraient certains. Pour d’autres, je suppose que j’ai l’allure d’une tarlouze. Alors que je quitte la loge des artistes, un désagréable sentiment d’angoisse s’empare de moi. En dehors des clubs gay et de leur scène, je me sais atrocement vulnérable. C’est toujours la même rengaine. Aujourd’hui, c’est pire. Je ne sais pas ce qui m’attend. Je me rends à pieds au lieu de mon rendez-vous, situé, comme prévu, à quelques pâtés de maisons du club dans lequel je bosse. C’est pas loin, mais quand on est seul avec ses pensées, c’est toujours une autre histoire. J’aurais pas dû accepter. D’habitude, ce genre de client me paie en crypto-monnaie depuis des comptes off-shore et on en parle plus. Celui-là doit être extra parano. Le genre à penser que le cash laisse pas de trace. Malheureusement pour lui, d’une manière ou d’une autre, tout laisse une empreinte. Je suis bien placé pour le savoir. Les pensées défilent dans un flux constant de conscience embrouillée. Dans ce marasme, une seule revient plus souvent que les autres. J’espère que c’est pas un traquenard.

Y a rien de pire qu’une boîte de nuit avant minuit. On se croirait dans une maison de retraite en pleine séance de bingo un dimanche après-midi. C’est mortel. Quelques loosers, bières à la main, attendent de tirer le bon numéro. Autrement dit : une fille un peu bourrée et pas très regardante. Mais celles-là arriveront pas avant deux ou trois heures du matin. Comme prévu, je m’installe au bout du comptoir principal. Je jette un coup d’œil à mon portable. 20h35. Je suis vraiment trop stressé. Faut que je me calme. Je prends la thune et je me casse. Je me le répète comme un mantra. Il est 20h 40. C’est le moment que le barman choisit pour interrompre mon monologue intérieur.
Alors, je te sers quoi comme cocktail ?
Avec ma gueule, il doit penser que je suis le genre à boire des Cosmopolitans avec mes copines Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte.
Un coca, ça suffira.
Je ne lui cache pas mon agacement, mais il ne semble pas relever. La minute d’après, il me sert un soda avec une paille et une rondelle de citron. Festif. Décidément, son truc, c’est vraiment les cocktails. Alors que je sirote mon verre, il reste planter devant moi. Je me décide à briser le silence qui commence à peser :
Je peux fumer ?
En guise de réponse, il se contente de me pointer du doigt le panneau d’interdiction. Je soupire.
Après, si t’es gentil, je dirais rien à personne…enfin, très gentil, tu vois.
Sa façon de me dévisager m’insupporte. Et son petit sourire libidineux me dégoûte. Je me penche légèrement au-dessus du bar et lui balance sans ambages :
Et si t’allais plutôt te faire mettre ?
Je me rassieds immédiatement et je constate avec contentement que son petit rictus a disparu.
De toutes façons, j’aurais dû m’en douter. A cette heure-ci, y a que des putes qui attendent leurs clients.
Sur ces belles paroles, il se décide enfin à rejoindre l’autre bout du comptoir. Pauvre type. Au moins, j’ai eu mon coca. Et il est 20h50.

Je regarde l’homme s’assoir avec prudence. Il est en avance, enfin je crois. Alors qu’il s’installe je l’observe rapidement. Costume soigné, coiffure policée, rolex bien ajustée au poignet. Je suis pas vraiment surpris, j’ai vu les chiffres. En revanche, je l’imaginais plus vieux et plus gras. L’archétype de l'homme d'affaire bien nourri par les magouilles, en somme. Je fais jamais de recherche sur mes clients. Je pourrais, mais ça ne m’intéresse pas. J’ai pas envie de les connaitre. Je préfère les voir comme un tas de codes binaires.
C’est moi qui vous ait contacté.
J’acquiesce sans le quitter des yeux. Je sens comme un malaise. Je connais bien ce regard. Je suis pas celui qu’il attend. C’est l’histoire de ma vie. Je suis jamais celui qu’on attend. Pendant une fraction de seconde, je me dis que je pourrais faire semblant de pas comprendre et me tirer de là. L’instant d’après, le bon sens reprend ses droits : je vais pas m’assoir sur ce pognon, quand même.
C’est pas vraiment ce que vous attendiez, n’est-ce pas ? Je veux pas paraître malpoli, mais pour un type qui fait dans l'illégal, vous avez du mal à cacher votre ressenti.
Aussitôt, je regrette. Je devrais vraiment apprendre à fermer ma gueule. Tout ce que j’avais à dire, c’était : « Oui, c’est moi. Vous avez l’argent ? ». Et ça serait déjà plié. Et voilà le barman qui revient. Bien ma veine. Sans me regarder, il s’adresse directement au dénommé Ambroise :
Alors, le client est arrivé finalement. Il prendra quoi le m’sieur ?
La teigne. Il va tout faire foirer. Là, comme un con, accoudé au comptoir, je commence déjà à sentir que cette soirée va être plus longue que prévue.
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Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 158 messages
Lun 12 Nov 2018 23:21

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Il ne s’était donc pas trompé. Il avait sous les yeux son homme. Un sentiment étrange s’empara de lui, entre le soulagement et la surprise. Soulagé de ne pas s’être ridiculisé devant un inconnu qui n’aurait pas du tout été celui qu’il cherchait. Surpris que son banquier des marchés noirs ait un peu plus la tête d’un styliste de haute couture plutôt que celle d’un voyou. La remarque qui suivit, cependant, le fit arquer un sourcil. Pour un type au visage si angélique, il avait du répondant. Le contraste de sa voix mielleuse et de son ton cassant l’aurait presque fait rire, s’il n’avait pas été si étonné de se recevoir une telle remarque. Était-ce une moquerie ? Un reproche ? Laisser entrevoir ses émotions, ce n’était probablement pas la stratégie la plus payante, dans un domaine pareil. Narcisse le savait, inconsciemment. C’était comme au poker, il ne fallait pas laisser les sentiments transparaître, au risque de perdre gros. Pour le coup, il n’avait pas été très fort, il devait l’avouer. La faute à ces traits fins et presque féminins qui n’avaient pas leur place dans le monde sombre et sale de la corruption. Devant un gorille aux gros bras, Narcisse aurait sûrement eu plus de contenance. Il poussa un bref soupir. Puisque l’autre versait dans la franchise brutale, il ne voyait pas pourquoi il s’en priverait. De plus – et c’était un peu présomptueux de sa part – il songeait qu’il aurait l’ascendant sur lui, si jamais sa verve impudente réveillait la colère de son interlocuteur. C’était stupide de penser comme ça. Narcisse était pourtant bien placé pour savoir qu’il ne fallait pas se fier aux apparences. Cependant, cela ne l’empêcha pas de formuler cette pensée idiote et de se croire en sécurité, face à ce hacker à l’apparence si précieuse.

« En effet. » Avoua-t-il sans détour, haussant brièvement les épaules. « Pour un type qui fait dans l’illégal, vous n’avez pas vraiment le profil de l’emploi. » Ajouta-t-il en reprenant ses mots.

Voilà, c’était dit, c’était clair. Il plongea la main dans la poche de sa veste, prêt à sortir l’épaisse enveloppe qu’il était venu délivrer, mais il s’interrompit dans son geste lorsque le barman fit son intervention. Ses mots le firent à nouveau arquer un sourcil et un bref regard vers le susnommé Talarsa alluma une brève lueur de compréhension dans son crâne. Client. Le mot-clé qui importait. S’il avait bien conscience des dérives sulfureuses du monde de la nuit et de tout ce qui pouvait se passer dans les boîtes et au comptoir des bars, Narcisse, lui, n’avait jamais montré d’intérêt pour cet aspect-là. Quand avait envie de laisser parler ses instincts d’homme, il se trouvait quelqu’un, et ce, sans avoir besoin d’ouvrir son portefeuille. Il se sentit piqué dans sa fierté, qu’on le pense capable de se payer quelqu’un pour assouvir des désirs primaux. Il n’osa pas imaginer ce que devait ressentir son vis-à-vis, d’être lui pris pour le gigolo. Parce que c’était bien ce dont il s’agissait, non ? Ce que le barman croyait comprendre. Qu’il venait retrouver sa pute avant que la soirée ne commence. Narcisse pinça les lèvres en s’efforçant de ne pas exploser sur le champ. Le ton franchement méprisant du responsable n’allait pas pour le calmer, en plus. Il souffla doucement par le nez en réprimant sa fureur. Il ne voulait pas d’un scandale alors qu’il venait payer quelqu’un sous le manteau. Il ne manquait plus que les vigiles viennent les jeter dehors et que les quelques regards de la boîte presque vide ne se retournent sur eux. La stratégie à adopter, c’était celle de la passivité, même si c’était loin d’être sa favorite. Tant pis pour sa fierté, elle s’en remettrait.

« Une coupe de champagne. »

Par provocation, son choix s’était porté sur cette boisson que personne ne commandait pour une autre raison que celle de montrer ses poches bien remplies. Honnêtement, qui buvait du champagne hors de prix dans un endroit pareil ? Conscient de passer pour le client qui voulait se faire mousser devant son compagnon de la soirée, Narcisse fit pourtant mine de ne pas remarquer le rictus amusé du barman qui acquiesçait. Allons bon. Cela lui ferait une bonne histoire à raconter à ses collègues, même si le blond doutait qu’il y ait quoi que ce soit d’intéressant à dire à propos d’un homme et d’une soi-disant prostituée. Il connaissait la vérité. Talarsa connaissait la vérité. Alors bon, quelle importance, au fond ? Il jeta un regard en coin au concerné, se demandant si l’informaticien faisait cela occasionnellement, tout comme lui acceptait de temps à autre un pot-de-vin, ou si c’était une activité à plein temps. Peut-être avait-il un autre boulot pour lequel son visage si féminin seyait bien mieux ? Il n’osa pas poser la question. Trop indiscret. Par principe, il ne posait pas les questions qu’il ne voulait pas qu’on lui pose et Narcisse n’avait pas franchement envie de lui dire que son quotidien, c’était le Parlement et la politique. Il préférait rester discret. Chacun sa vie. Chacun ses secrets. Rien que le faux prénom – parce que Talarsa ne pouvait définitivement pas être un vrai nom – prouvait bien que l’autre n’avait pas envie de se confier, et il le comprenait tout à fait. Le barman revint peu de temps après pour poser devant lui la fameuse coupe de champagne, se fendant d’un sourire goguenard qui voulait presque dire ‘je sais ce qu’il va se passer entre vous’. Narcisse en profita pour dégainer son paquet de cigarettes alors qu’il ramenait la coupe vers lui.

« Apportez aussi un cendrier. » Pas de ‘s’il vous plaît’, mais son ton sévère et impartial, celui dont il usait au travail, pour obtenir ce qu’il voulait d’un collègue lambinant ou d’une secrétaire trop bavarde. Il posa ses yeux gris sur le panneau d’interdiction de fumer avant de revenir sur le barman. Il savait parfaitement ce qu’il faisait et c’est le regard rivé sur le sien qu’il s’alluma une cigarette. « Merci. »

Il aurait pu dire ‘fuck you’ que ça serait revenu au même. Sa voix revêche et cinglante, le dos droit, le visage impassible, Narcisse le défia du regard avec l’attitude de ceux qui ont l’habitude de tout obtenir. Ce n’était pas tout à fait faux pour lui. Il avait – presque toujours – tout ce qu’il voulait. Il se débrouillait pour l’obtenir si ce n’était pas le cas. Quoi qu’il en soit, Narcisse était de ceux qui n’aimaient pas être frustrés. Il posa sur le comptoir un joli billet orangé de 50 euros et le fit glisser vers le barman. L’argent pouvait tout acheter. Aussi bien les putes que le silence. Et si pour s’éviter la compagnie indésirable d’un barman méprisant, il devait cracher un peu plus que prévu pour la soirée, il le ferait. Le ditbarman n’était pas aussi stupide qu’il en avait l’air puisqu’il ramassa rapidement le billet pour le remplacer par un cendrier dans lequel Narcisse fit tomber quelques cendres.

« J’espère que la fumée ne vous dérange pas. » Lança-t-il à son camarade. « Où en étions-nous ? » Soupira-t-il en buvant une gorgée de sa coupe. « Dans un sens, ce cher monsieur n’a pas tort. Je suis bel et bien votre client. » Reconnut-il avec un brin d’ironie.
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Mar 13 Nov 2018 20:18
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Sa pique m’arrache un léger sourire. Touché. Je me détends enfin. Je croise les jambes et prends mes aises. Je dois bien avouer que j’ai plutôt de la chance dans mon malheur : je suis pas tombé sur une sale race de corrompu sans humour. Celui-là semble prendre les choses avec plus d’esprit. Malheureusement — ou peut-être fort heureusement — le retour du serveur m’empêche de me lancer à corps perdu dans une joute verbale interminable. Alors que je mordille distraitement la paille dans mon verre, j’assiste à un spectacle des plus captivants. J’ai l’impression d’être dans une arène et qu’on vient d’annoncer la mise à mort imminente du taureau. Le toréador et l’animal, face à face, se jaugent dans une tension électrisante. Et moi, pauvre spectateur, dévoré par une catalepsie macabre, je me tiens suspendu à chaque nouvelle charge, incapable de détourner le regard de cette funeste mise en scène. On devrait penser à faire des documentaires sur les riches, comme on fait des reportages animaliers. Sur le même ton, on y parlerait de leurs habitudes alimentaires, de leurs modes de sociabilité et surtout de la manière dont ils s’approprient un territoire. Ça serait vraiment fascinant. J’ai beau ne pas être né de la dernière pluie, le simple fait de constater que ces princes friqués comme Crésus existent réellement, en chair et en os, me dépasse toujours un peu. Qu’est-ce qu’ils pensent, au juste ? Qu’on peut s’acheter une dignité quand la nôtre ne nous convient plus et qu’on peut tout aussi facilement s’approprier celle des autres quand celle-ci nous insupporte ? Sans doute. En voyant le billet glisser sur la table, je me dis qu’être bien né, ça simplifie quand même pas mal la vie. J’en sais un rayon sur la question. Parole de galérien. Pour ce soir, je laisse couler. Hors de question de me formaliser. Et faudrait pas que je perde de vue mon objectif premier : empocher la thune et rentrer chez moi, le tout sans attirer l’attention. Mon regard amusé se pose un instant sur la coupe en cristal. Mise à part les petites starlettes, je ne pensais pas que d’autres personnes puissent commander du champagne en boîte de nuit. C’est sans doute une histoire de statut social. J’abandonne l’idée de comprendre et me laisse enivrer par l’odeur âcre de fumée. Ça me rappelle soudain les Chesterfield corsées du vieux. J’efface son visage de ma mémoire. Pas le temps pour les fantômes.
J’espère que la fumée ne vous dérange pas.
Au contraire.
C’est presque la vérité. Je profite de sa pause champagne pour sortir mon propre paquet de cigarettes. Si le client est assez généreux pour payer cinquante balles un cendrier, je vais pas jouer l’outragé. En fouillant ma poche de pantalon, je réalise rapidement que j’ai oublié mon briquet au boulot. Je peux m’assoir dessus, je le retrouverai jamais. Sans demander la permission, je m’empare du zippo de mon client, posé près de son verre. Au poids de l’objet, je devine qu’il est en argent massif. Au moment d’allumer ma cigarette, j’entraperçois deux lettres finement gravées. « N. D. ». Pas malin de laisser trainer ses effets personnels, Ambroise. Je fais semblant de n’avoir rien remarqué et remet le briquet à sa place initiale. J’expire longuement et laisse la nicotine faire son effet. Avec ma désinvolture naturelle, je m’adresse à lui sans sourciller :
Désolé, je me suis permis.
Ce qui est à toi est à moi, mon p’tit. C’est mon côté communiste. Je devrais garder ça pour moi. Cet Ambroise a pas la dégaine d’un camarade. Est-ce qu’il a déjà lu le Capital ? La ferme. On s’en fout. Pourquoi j’ai toujours des idées étranges ? Après une claque mentale, je me raccroche enfin à la conversation. Avant de lui répondre, je prends le temps de tapoter délicatement ma cigarette au-dessus du cendrier.
En effet, il a raison. Je m’excuse quand même pour le malentendu. Apparemment, c’est ce qui arrive quand on a pas la gueule de l’emploi. D’habitude, ça gêne pas trop, vu que je rencontre jamais mes clients. Vous comprenez pourquoi maintenant.
Je tire sur ma cigarette une nouvelle fois et lui adresse un petit sourire. Je prends bien soin de toujours le regarder droit dans les yeux. J’aimerais pas qu’il me refasse son petit numéro. Je roule peut-être pas sur l’or, mais je suis pas une pute. Je prostituerai pas ma dignité comme l’autre abruti.
Après, j’vous conseille de pas prendre trop à cœur sa remarque. C’est un grand classique de séducteur revanchard. Le type arrive un peu trop conquérant et vous le rembarrez parce que vous êtes pas vraiment dans le mood. Lorsqu’il revient à la charge, c’est seulement pour vous emmerder. Enfin, je dis « grand classique », mais vous, vous devez pas vous faire souvent draguer par des hommes…
J’aurais peut-être pas du dire ça. Encore une fois. Pour cacher ma gêne, j’agite lentement la paille dans mon fond de coca éventé, à contre-temps de la musique ambiante.
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Narcisse Delaunay is offline
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Mar 13 Nov 2018 23:14

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« Oui, en effet, je le constate. » Répondit Narcisse en suivant le chemin de ses doigts remettant son briquet en place.

Il ne s’offusqua pas de son geste, ce n’était qu’un briquet et qui plus est, Talarsa était son prestataire. Ce serait plutôt à Narcisse de lui proposer son zippo, pas au hacker de devoir se servir de la sorte. Quoi qu’il en soit, il put donc constater que son camarade était lui aussi un fumeur, ce qui lui fit oublier sa crainte de le déranger avec ses volutes de fumée. Tous deux pouvaient à présent s’empoisonner en toute tranquillité. Talarsa sembla profiter de cette pause clope pour se confier. Apparemment, ce n’était pas la première fois qu’on le prenait pour ce qu’il n’était pas. Narcisse arqua un sourcil, surpris de voir qu’il semblait le prendre à la rigolade. Oh, c’était plutôt une bonne chose, mieux valait en rire qu’en pleurer, mais pour ne pas sentir sa fierté salie par ce genre de remarques, il fallait des nerfs sacrément solides. C’était que sous ce visage d’ange se cachait un caractère redoutable… Narcisse le devinait. À force de recevoir des insanités dans la face, Talarsa avait dû se forger une armure d’acier. Admiratif, le politicien hocha doucement la tête.

« Pas d’inquiétude. Vous n’y êtes pour rien. » Il haussa les épaules. C’était la vérité, l’idiot, dans l’histoire, c’était ce fichu barman. « Les gens se laissent facilement berner par les apparences. »

Et dieu, qu’il disait vrai. Talara n’avait probablement pas idée de tout ce qui pouvait se dissimuler derrière ces mots. Un passé tu, oublié, de mauvais souvenirs l’ayant poussé à porter un masque et jouer un rôle. Jouer sur les apparences… Un voisin courtois, un travailleur sérieux, un séducteur. Il pouvait être ce qu’il voulait sans qu’on ne se doute de rien. Parce que les gens étaient comme ça : facile à tromper. Fixés sur les apparences. Un sourire, un geste affectueux pour faire passer la pilule. Un mot doux, un clin d’œil. Narcisse connaissait tous les petits trucs pour continuer son horripilante comédie. Enfermé dans son rôle. Il vida rapidement sa coupe en reportant son regard sur le hacker dont la remarque le heurta à nouveau. Narcisse en battit des cils, sans trop savoir s’il devait en rire ou s’en offusquer. Cette conversation prenait une drôle de tournure, et pourtant, il était encore si tôt…

« Qu’est-ce que ça sous-entend, que j’ai une tête d’hétéro ? » S’amusa Narcisse en dodelinant de la tête. Il tira une longue taffe avant de souffler. « Ou alors que je ne suis pas assez séduisant pour me faire draguer ? »

Il le taquinait, même si au fond, il ne connaissait pas assez son interlocuteur pour déterminer ses véritables intentions. Bien que Narcisse était soulagé de ne pas subir les mêmes malheurs que Talarsa, il aurait tout de même été un peu vexé qu’on ne le pense pas assez bien pour être considéré comme un potentiel flirt. Objectivement, il n’était pas si mal, si ? Il prenait soin de son corps, faisait régulièrement du sport et surveillait son alimentation. Il lisait beaucoup, avait un emploi stable, et petite folie, il s’autorisait parfois à faire preuve d’humour… Que dire de plus ? N’était-il pas un bon parti ? Narcisse repartait rarement bredouille quand il sortait à la recherche d’une proie, d’un coup pour la nuit. Il était sûr et certain de bien se défendre, dans le domaine de la séduction. Il espérait que son vis-à-vis ne songe pas le contraire. Pas que ça ait une certaine importance, mais bon… Pour son amour-propre, ça importait un peu quand même. Narcisse fit tomber quelques cendres dans le cendrier en détaillant à nouveau son interlocuteur d’un regard. Un habitué des flirts à deux balles, alors… Il devait souvent traîner dans les bars ou dans les boîtes. Un gros fêtard, ou alors, ça avait un rapport avec son métier.

« En tout cas, vous, ça doit souvent vous arriver pour que vous me disiez une chose pareille. Est-ce que je devrais me sentir désolé ? Si c’est ce genre d’individu qui vous tourne autour, je ne vous envie pas. »

Si Narcisse était un bon acteur et aimait jouer la comédie devant tout le monde, il y avait une chose dont il ne se cachait pas : sa sexualité. Homme, femme… Quelle importance ? Il n’était pas du genre à manifester dans la rue pour ses droits ni à danser sur les chars les jours de gay pride, il était lui, tout simplement, et il se fichait qu’on le surprenne en couple avec une personne du même sexe. Seul le plaisir importait, et tant que les corps s’accordaient, le reste n’avait pas d’importance. Si tout le monde pensait comme ça, le monde s’en porterait bien mieux. Il était heureux, au moins, que les mentalités soient plus ouvertes à Anadéia qu’en France.

« C’est un peu triste, tout de même, de s’habituer à ce genre de choses. » Osa lui faire remarquer Narcisse. Il n’avait rien contre les travailleurs du sexe, mais tout de même, ce devait être vexant, de se voir dire en pleine face qu’on avait l’air d’une prostituée. « Je me demande si vous êtes simplement blasé ou juste au-dessus de tout ça. »

Il optait plutôt pour la seconde option. Talarsa avait l’air d’avoir les pieds sur terre, de savoir qui il était et ce qu’il valait, et il était sûrement bien au-dessus des remarques acerbes d’un barman anonyme. Il avait donc assez confiance en lui pour en être conscient, et pour assumer cette apparence qu’il savait pourtant… Hors des normes. Pour un simple hacker, il piquait drôlement sa curiosité. Narcisse ne s’était pas attendu à rencontrer pareil personnage, ce soir. Talarsa ne ressemblait pas du tout à ce qu’il s’était imaginé, et ce, aussi bien physiquement que mentalement. Il avait visualisé un tout autre genre de rencontre, mais au final, ce n’était pas pour lui déplaire. Ça le changeait un peu des molosses patibulaires de la pègre.

« Si votre ami le barman me surprend à vous donner l’enveloppe que je suis venu vous apporter, il se fourvoiera encore. » Prédit Narcisse. « Je prends le risque ? »
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Mer 14 Nov 2018 23:10
« We all have stories we won't ever tell »
Ma main libre tapote sur le comptoir au rythme du dernier son électro à la mode. Ambiance nostalgie commerciale. Overdose de gimmicks. Mes pensées divaguent sur les notes pour mieux s’échouer sur les rivages du néant. Quelle belle connerie. Dans l’obscurité du club, seuls deux bouts de clope rougeoyants conversent. Je ne suis pas venu m’amuser. Au milieu de tous ces fêtards anonymes qui se rassemblent à mesure que la soirée avance, je me sens comme une île déserte. Je me demande si mon interlocuteur la ressent aussi. La solitude. Il faudrait vraiment que j’arrête d’y penser. Il faudrait vraiment que j’arrête de penser. Je reconcentre mon attention. Ambroise. Est-ce que je t’ai vexé ? Ce n’était pas mon intention. Pourtant, pour une raison que j’ignore, je ne peux pas m’empêcher de le titiller un peu plus encore. Il éveille en moi des sentiments inconciliables. C’est peut-être sa manière d’être. Ou cette envie délirante de venger ma race. La race de Caïn, comme dirait ce petit poète français. J’ai oublié son nom. Lui aussi a disparu dans les limbes de ma mémoire.
C’est moi qui vous fais cet effet ou vous avez pour habitude de tout prendre de travers ?
J’exhale un peu de fumée avant de reprendre sur le même ton, insolemment moqueur. J’ai le goût de la provocation sur le bout de la langue.
Je vous imaginais bien plus au bras de…jolies jeunes femmes, disons.
De michtos, quoi. De michtos de compétition, pour être plus exact. Des filles prêtes à tous les vices pour se corrompre dans le luxe et l’excès. Avec son argent, sa prestance et, je vais être honnête, son physique, il doit en ramener tous les soirs chez lui. Enfin, j’imagine. Je suis pas très bien placé pour juger. Des femmes, je ne connais pas grand-chose. Je ne peux que supposer. Mais si elles sont toutes aussi superficielles qu’on les décrit en fiction, alors je donne pas cher de leur amour-propre. Après, bien sûr, ça me regarde pas. Je décide de retenir in-extremis toute cette remarque désobligeante. Faudrait pas que je grille mes dernières chances de retravailler un jour pour lui. Surtout vu le montant de la commission. Je l’écoute un moment sans rien dire, toujours un petit sourire insolent aux lèvres.
Vous vous inquiétez pour moi, maintenant ? C’est charmant. Mais ça sera inutile. Sachez que j’ai connu pire, mais aussi bien mieux. Heureusement pour moi.
L’évocation fait ressurgir quelques plaisants souvenirs. Des sensations floue. Palette impressionniste. Un bruissement de draps. Une barbe trop rêche sur une peau trop blanche. Une voix éraillée au petit matin. Et le soleil. Le soleil qui perce et qui brûle. Douce agonie. Je le regarde et une fraction de seconde, je repense à tout ceux que j’ai aimé. Leurs visages se superposent et disparaissent aussitôt, me laissant contempler à loisir l’individu qui me fait face. Avec ses cheveux argentés, l’ovale acéré de son visage, son port altier et son regard clair. Mon dieu, ces yeux. Je n’y avais pas prêté attention jusque-là. Qu’est-ce que je suis en train d’imaginer ? Je mordille ma lèvre inférieure, comme pour me punir. Rentre chez toi, pauvre con. Prend l’argent et tire-toi. C’est le moment ou jamais. Dis-lui que tu t’en fous de ce que pense ce barman. Dis-lui que tu t’en a rien à carrer de passer éternellement pour une pute. Dis-lui que t’es là pour le fric. Mais je n’y arrive pas. Quelque chose m’empêche de couper court à la conversation. Je voudrais être ici et ailleurs en même temps. Malaise spatio-temporel.
Vous avez une meilleure idée peut-être ? Une cave secrète comme Batman ?
J’en ai vraiment assez de moi-même.
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Narcisse Delaunay is offline
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Lun 19 Nov 2018 19:26

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« Je suis simplement taquin, comme vous semblez l’être. » Rétorqua Narcisse du tac au tac.

Il ne se l’avouait pas vraiment, mais il prenait un indicible plaisir à jouer cette joute verbale avec son partenaire. C’était rare qu’il s’enthousiasme autant des conversations qu’il entretenait avec ses contacts de la pègre. Quand ça parlait argent et affaire, généralement, ce n’était pas pour rigoler, et pourtant, il affichait malgré lui un rictus incontrôlable. Talarsa avait du répondant, il aimait deviner le caractère sauvage et indomptable derrière ce visage d’ange. Ce n’était pas prévu. Prendre une coupe de champagne hors de prix pour provoquer le barman, ce n’était pas prévu. Converser plus que nécessaire et garder l’enveloppe pleine de billets dans sa poche intérieure pour faire durer le moment, ce n’était pas prévu. Il avait pourtant tout planifié, à la minute près, quasiment. Narcisse n’avait pas pensé consacrer plus de quelques instants à cet échange. Donner une enveloppe à un type et s’en aller, ce n’était pourtant pas compliqué, ça ne demandait que quelques secondes, et pourtant… Pourtant il était encore là. À profiter des bulles bien trop chères de sa coupe en cristal dans une boîte dont les murs vibraient sous la musique affreuse diffusée par les nombreuses enceintes. Qu’est-ce qu’il fichait là, sérieusement ? Même son interlocuteur devait se poser la question, ils n’étaient pas en rendez-vous, ils étaient là pour une fichue transaction. Narcisse ferait mieux de vite s’exécuter et rentrer chez lui, au lieu de s’amuser à provoquer son prestataire. La solitude devait bien lui peser, ce soir-là, pour qu’il se permette ce genre de choses plutôt que d’en venir à l’essentiel.

« Vous avez une meilleure idée peut-être ? Une cave secrète comme Batman ?
— Une chambre d’hôtel, Répondit Narcisse sur le même ton. Il pivota doucement la tête vers Talarsa pour ajouter : Je plaisante, évidemment. »

Faire une blague et préciser que c’en était une, c’était nul, il devait l’avouer, mais il ne connaissait pas assez son interlocuteur pour savoir comment il l’interpréterait. Il préférait prendre ses précautions et assurer ses arrières, il ne voulait pas que l’homme qui gérait une partie de son argent puisse prendre la mouche. C’était dur, de traiter avec les gens, parfois. Il fallait toujours s’adapter, toujours trouver les bons mots, le bon ton. Toujours porter le bon masque. Narcisse avait l’impression de jouer un rôle en permanence, au point de se perdre. Qui était-il vraiment, en fait ? Ce politicien sérieux et souriant, toujours poli avec son prochain ? Ou cet homme corrompu et vénal, prêt à vendre son âme pour quelques billets ? Les deux, peut-être ? Ou bien aucun… Il ne savait pas. Il ne savait plus. Il poussa un soupir en terminant son verre, reposant sa coupe dans un son cristallin que le bruit ambiant de la boîte couvrit. Il avait décidément besoin de bien plus d’alcool que ça pour oublier ses sombres pensées. Il n’aimait pas trop réfléchir à ça. À lui. À ce qu’il était devenu. Ce qu’il était, tout court. Il n’en ressortait jamais rien de bon, et paradoxalement, il détestait se complaire dans son malheur. Généralement, il oubliait ça avec un peu de compagnie et de chaleur humaine, c’était le meilleur remède contre la solitude et la déprime. Ça et un bon whisky. La seconde option, sinon, c’était descendre un pot de glace devant une émission de télé-réalité stupide. Parfait pour déconnecter ses neurones et oublier ses soucis, et à en juger par la tournure de la soirée, sa nuit allait probablement se terminer comme ça. Narcisse s’alluma une seconde cigarette avant de ranger le Zippo dans sa poche.

« Bon, trêve de plaisanterie. Je ne vais pas faire durer l’attente plus longtemps. » Il plongea la main dans sa poche et fit glisser l’enveloppe sur le comptoir. « Vous m’avez surpris, Talarsa, je ne m’attendais pas à ça, et je pense que vous le saviez. Ça n’était pas désagréable, cela dit. » Lui avoua Narcisse dans un rictus en coin. « Pour un geek, vous êtes étonnamment sociable. Et pour un prestataire de ce genre de service, surprenamment cavalier. Vous devriez faire attention, tout le monde n’a pas autant d’humour que moi. »

Ça n’était pas faux. Parfois, une malheureuse phrase pouvait tout faire basculer. Les gens de la pègre étaient parfois imprévisibles, et surtout, souvent dangereux. Narcisse tentait de se montrer le plus prudent possible, quand il devait en rencontrer un. Il évitait les blagues douteuses et les conversations inutiles, s’en tenant à l’essentiel pour terminer l’entretien au plus vite. Aujourd’hui, il s’était un peu laissé aller, endormi, peut-être, par l’apparence inoffensive de son vis-à-vis. Il sentait qu’il ne craignait rien, face à lui, mais peut-être se trompait-il. Il n’y avait pas que les muscles et les poings, dans la vie, il y avait aussi les couteaux et les armes à feu. C’était un jeu risqué, que de vouloir papoter ainsi avec un inconnu du genre. Un jeu qui parfois en valait la chandelle. Ces quelques instants avaient été plus agréables que prévu. Il se permit de détailler à nouveau Talarsa, scrutant d’un regard acéré son visage fin et ses cheveux blancs, sans gêne ni tact, osant se départir de son habituelle politesse pour mieux l’examiner. Il avait un physique incroyable. Vraiment singulier. Il grava dans sa tête les traits si particuliers de ce visage unique.

« J’ose espérer que nous ferons encore affaire. » Lui glissa Narcisse. « Je peux être un client fidèle quand on sait me satisfaire. »

Fier du double sens de sa phrase, il eut l’audace de lui adresser un sourire malicieux, les yeux pétillant d’amusement.
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Alastar Yeats is offline
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Mer 28 Nov 2018 20:34
« We all have stories we won't ever tell »
J’amorce un léger mouvement de recul. Je ne m’attendais pas à ce genre d’attaque frontale. Alors, c’est comme ça qu’on taquine ? Malgré tout, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est en train de flirter avec moi. De sources sûres, je sais que les filles hétéros adorent jouer avec les lesbiennes. Ça flatte leur égo, à ce qu’il paraît. Pour les hommes, c’est différent. D’expérience, un hétéro qui se fait draguer par un homo, ça se conclut rarement cordialement. Fatalement, le côté mâle alpha finit toujours par prendre le dessus. Je sais ce que c’est. J’ai aussi été de ce coté de la barrière, il fut un temps. En tant qu’homme, on se sent facilement menacé dans son identité. Faudrait toujours être à la hauteur de ces modèles de virilité, forts et conquérants. Faudrait être un de ces guerriers vikings qui trousse de la bergère comme on dévaste des terres. C’est comme une ombre permanente, projetée sur l’intimité de nos consciences. Mais à cet instant, pour être tout-à-fait honnête, je ne suis plus sûr de rien. Si c’est véritablement une plaisanterie, elle est de mauvais goût. Et encore, je suis plutôt mal placé pour juger. Sans un mot, j’écrase mon mégot dans le cendrier. Le regard fuyant, je cache ma gêne comme je peux. J’aimerais bien lui lancer une de ces petites répliques acides, mais rien ne me vient en tête. Pour le coup, je dois m’avouer vaincu. Je n’ai d’autres choix que de laisser passer. De toutes façons, si je continue, je sens que je vais me ridiculiser. Du coin de l’œil, je me contente de le regarder vider sa coupe jusqu’à la dernière goutte. Vu le prix, je le comprends.

Quelques secondes plus tard, je déchante totalement. Son petit discours me fait l’effet d’une pique en plein cœur de mon égo. Si son but était de paraître condescendant, c’est réussi, en tout cas. J’arrive pas à y croire, il me fait le coup du « t’es un chic type, tu sais ». J’ai comme l’impression d’avoir couché avec un mec de passage pour qu’au final il me dise en partant « je préfère qu’on reste ami ». Merci bien. Quel sombre connard. Je suppose que l’agacement commence à poindre sur mon visage. Il manquerait plus qu’il me fasse une petite tape sur l’épaule. J’ai dû définitivement me tromper sur son compte. Non, j’avais pas l’intention d’aller plus loin avec lui. Et oui, je suis quand même vexé. J’aime pas trop qu’on me serve des petits numéros de charme qui finissent en voie sans issue. Même si, je dois bien l’avouer, je suis le premier coupable. J’aime séduire, sans conséquence. Être celui qu’on captive et qu’on délaisse, en revanche, c’est irritant. Alors que je récupère l’enveloppe sur le comptoir et l’enfouit dans la poche intérieure de ma veste, je lance à mon interlocuteur un regard désapprobateur. Pas la peine de me faire la morale, mon petit. J’ai survécu jusqu’à présent et j’en ai sûrement plus bavé que toi avec ton petit costard sur mesure et ta montre de luxe. Tu peux me la faire à l’envers autant que tu veux avec ces petits sous-entendus à deux balles et ce sourire audacieux et ce regard…ce regard. Merde à la fin. Je tique. J’ai encore failli me faire avoir. Sans plus attendre, je me lève. Il faut savoir se retirer avec classe. Avant de m’extirper de cet enfer, je le défis du regard et lui adresse une dernière pique :
Pour la chambre d’hôtel, on verra plus tard. Je suis du genre romantique, je préfère quand on m’invite à dîner d’abord.
Sur ce, je me dirige vers le hall d'entrée d’un geste sec, sans me retourner. La tête haute, je suis plutôt fier de ma sortie. C'est presque royal. Tout enorgueilli par l'instant, j’ignore encore que notre entretien a été scrupuleusement observé.

Dehors, le fond de l’air est frais. Quelques fêtards déjà éméchés tentent de parlementer avec le videur qui ne semble pas très enclin à la discussion. Je passe devant eux tel un fantôme et emprunte la première à gauche. Derrière, une ombre m’imite. À peine ai-je le temps de m’engager dans la petite rue mal éclairée qu’on m’interpelle.
Hey, excuse-moi, t’aurais pas du feu ?
Je me retourne et fait volt face avec un inconnu. Physique assez lambda. On fait approximativement la même taille, mais il est clairement plus costaud que moi. Beaucoup de gras, je devine. Il me faut dix bonnes secondes pour me rappeler que j’ai laissé mon briquet au boulot. Il en profite pour se rapprocher. J’hausse les épaules, l’air embêté pour jouer l'empathie.
Non, désolé. J’ai rien sur moi.
Je vais pour continuer mon chemin, mais je sens comme un malaise. Une tension. Sans aucune autre forme de somation, il m’attrape par l’épaule et me colle contre le mur d’un immeuble. La surface rêche égratigne ma joue droite. Je serre les dents tandis qu’il m’intime de lui filer tout mon fric. L’enfoiré. C’est une chose d’en vouloir à ma thune, c’en est une autre de s’en prendre à mon outil de travail. Pas de chance pour lui, je suis déjà assez énervé comme ça. Je balance un coup de pied en arrière et heurte violemment son tibia. Libéré de son emprise, je décide d’en rajouter une couche alors que mon agresseur titube déjà. Je me rapproche rapidement et lui administre un coup de genoux dans le bas ventre. Le type laisse échapper un cri de douleur, tout en proférant des insanités.
Espèce de sale enculé…je vais te butter…
J’ai le souffle court et l’adrénaline qui fait des merveilles. Je le regarde se tortiller par terre comme un lombric agonisant. Soudain, une certaine satisfaction malsaine m’envahit. Je sais parfaitement que je suis en train de rompre une promesse importante. Mais je suis tellement en vie. Je n’arrive plus à m’arrêter. Après quelques coups de pompes dans les côtes, le type me supplie de le laisser tranquille.
Fallait. Pas. Me. Chercher. Enfoiré.
Je ponctue chaque mot par un petit coup à chaque fois plus fort. Il hurle de nouveau. Cette fois-ci, le bruit attire le petit groupe de jeunes en train de faire le pied de grue devant le club. Dans la frénésie, je ne prête pas attention à la clameur populaire. Le videur, sûrement intrigué par le tapage, arrive derrière moi et me traîne comme un pantin désarticulé, loin de la scène du carnage. Je ne me débats pas. Je me rends compte que j’ai déraillé. Putain. Je suis de nouveau devant la boîte de nuit et tout le monde me regarde comme si j’avais la rage. Aveuglé par les néons de l’enseigne, j’ai du mal à comprendre tout ce qui se passe autour de moi. Dans le flou, j’entends des voix s’élever. Ils parlent d’appeler la police ou une ambulance. Et merde. J’ai vraiment tout foiré. Le gorille, qui fait bien deux mètres, me maintient toujours fermement avec une clé de bras. Au milieu des visages inconnus, je croise un regard familier pendant une fraction de seconde. Honteux, je baisse les yeux et essuie d’un revers de main le sang frais sur ma joue.
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Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 158 messages
Dim 9 Déc 2018 18:15

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Narcisse arqua un sourcil. Troublé. Confus. C’était quoi, ça ? Une provocation, une plaisanterie ? Une façon de lui dire qu’il avait manqué l’occasion de l’inviter ? Comment savoir ? Il n’arrivait pas à saisir cet homme et cette manière de lui dire au revoir l’avait tellement perturbé qu’au final il n’avait rien su répondre. Il s’était simplement contenté de le laisser s’en aller en le suivant du regard, muet. Ce n’était pas souvent que Narcisse Delaunay perdait son latin. D’habitude, il avait toujours son mot à dire – c’était là sa plus grande force. Pour le coup, il en restait sur le cul, pour dire les choses franchement. Était-ce un adieu ou un au revoir ? Une réelle envie de dîner avec lui ou une taquinerie sans sous-entendus ? Honnêtement, ça ne lui aurait pas déplu, de partager un moment avec cet homme. Ces quelques minutes en sa compagnie avaient été suffisantes pour le trouver digne d’intérêt, mais Narcisse savait combien il était dangereux de mélanger affaires et vie privée. Ce n’était que son prestataire. C’était probablement dans son intérêt, de le séduire un peu – ‘séduire’ était-il d’ailleurs le bon terme pour désigner cet échange qu’ils avaient eu ? Il se faisait des idées, c’était certain… C’était Talarsa et sa fichue belle gueule, ça lui avait fait perdre le fil normal de ses pensées, c’était cet idiot de barman, voilà tout. Il avait besoin de garder la tête froide au lieu de se faire des films et de fantasmer un dîner romantique avec un homme dont il ne connaissait même pas le véritable nom. La solitude le travaillait décidément un peu trop pour qu’il parte dans ce genre de réflexions stupides. Narcisse soupira en quittant son tabouret ; il était vraiment temps qu’il rentre et peut-être même qu’il aille se coucher.

Visiblement, il atteignait cet âge un peu triste où les samedis soirs se transformaient en tisane devant la télévision plutôt qu’en étreintes charnelles avec un inconnu. Il ne manquait plus qu’il adopte un chat pour s’assurer cet avenir de vieux garçon qui l’attendait très certainement s’il continuait à entretenir ce train de vie. C’était en tout cas la réflexion qu’il se faisait en se dirigeant vers la sortie, ses pensées dérivant peu à peu vers la vieillesse et les rides pour oublier un peu le beau visage qu’il avait admiré un moment, auprès du comptoir. Pour peu de temps seulement, toutefois, puisqu’il fut rapidement intrigué par l’agitation grandissante à l’entrée de la boîte. Pendant un instant, il crut qu’une ambiance folle venait de naître pour il ne savait quelle raison, comme cela arrivait souvent dans le monde de la nuit. Il comprit cependant qu’il ne s’agissait que d’une bagarre. Elles n’étaient pas rares, dans ce genre de milieu. L’alcool aidant, il se passait rarement une soirée sans que quelques types éméchés ne se tapent un peu dessus pour prouver leur virilité ou pour une embrouille née de trois fois rien. En général, Narcisse restait loin de ça. Il n’aimait pas la violence et trouvait le spectacle plus navrant que divertissant. Il comptait passer sur le côté et rentrer chez lui en toute tranquillité, seulement le visage qu’il aperçut le figea sur place. Il lui sembla même croiser son regard et il s’immobilisa en ouvrant des yeux ronds, surpris, pour ne pas dire choqué par la découverte. Car là, aux prises avec le vigile du club, ce n’était autre que Talarsa, son hacker aux traits fins et à la beauté éthérée. Et non loin de lui, tordu de douleur, un type qui avait visiblement du mal à se redresser. Pas besoin d’un doctorat pour en déduire ce qu’il s’était passé, même si Narcisse aurait pensé que le scénario inverse aurait été plus plausible.

« Hé, désolé. Mon ami n’est plus vraiment lui-même quand il boit. » Il venait de s’approcher du videur pour poser une main compatissante sur l’épaule du blond. « Je vais m’occuper de lui si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »

Ce qu’il avait entendu dans la panique et l’agitation, c’était qu’on voulait appeler la police en plus d’appeler une ambulance. Et ce qu’il savait également, c’était que Talarsa avait encore dans la poche une enveloppe pleine de billets qui ne manquerait pas d‘attirer l’attention si on venait à le fouiller. Puisqu’il valait mieux prévenir que guérir, Narcisse préférait assurer ses arrières. On l’avait vu en compagnie de cet homme. Un témoignage malheureux risquerait fort bien de lui causer quelques ennuis. Il voulait s’en aller de cet endroit, vite, et avec son compagnon de la soirée si possible. Seulement, même son sourire à dix mille volts ne sembla pas convaincre le videur de le laisser s’en aller… Narcisse dut sortir le grand jeu. Assurance, torse bombé, verve habile et ton déterminé, il fit rapidement comprendre qu’il avait l’habitude d’être écouté. À peu de choses près, il sous-entendait presque qu’il pouvait acheter cet endroit pour le réduire en pièces, s’il le voulait. Un coup de bluff qui fit réfléchir le gorille et le vigile daigna alors relâcher Talarsa en leur sommant de vite dégager d’ici et de ne plus jamais revenir. Il n’en fallut pas plus à Narcisse. Il n’avait de toute façon pas la moindre intention de revenir dans ce club un peu glauque à son goût. Il attrapa le poignet du hacker pour le tirer loin de la foule et des regards alors qu’au loin, la sirène d’une ambulance résonnait. Sérieusement… Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour sauver sa propre peau. Il avait sous-estimé la dangerosité de cet homme, en plus de ça. Comment croire que ce visage si précieux cachait une force si féroce ? Il avait bien fait de ne pas le provoquer. Il se félicita de sa prudence avant de lâcher son poignet un peu plus loin, faisant volte-face devant lui.

« Vous êtes complètement taré, ou bien ? Vous faites ce que vous voulez de votre vie mais essayez de ne pas vous donner en spectacle quand on vient juste de se voir, je ne tiens pas à ce que ça retombe sur moi ! » Bien sûr qu’il le sermonnait. Il avait bien le droit, c’était lui qui venait de le sortir de ce mauvais pas. « Qu’est-ce qu’il s’est passé, au juste ? » Songea-t-il malgré tout à demander. « C’est votre soda qui vous est monté la tête ? »

Narcisse lui-même ne savait pas s’il plaisantait ou non. Il était agacé et inquiet à la fois. Il avait eu chaud, très chaud. Il savait que c’était un risque, de composer avec la pègre, mais quand le danger lui brûlait le postérieur de si près, ça lui faisait bizarre. Il sortit de sa poche un mouchoir pour le tendre à Talarsa, désignant sa joue d’un geste du menton.

« Il ne vous a pas raté…Vous devriez désinfecter ça rapidement si vous voulez que ça guérisse bien. » De la colère, il passait à la compassion. Le contrecoup de l’émotion, probablement. Lui aussi, il était un peu troublé, pour le coup. « Ça va ? »
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Mar 11 Déc 2018 01:02
« We all have stories we won't ever tell »
La honte, c’est ce point sombre, fixe à l’horizon. Inatteignable et indépassable. Toujours dans le champ vision. Mais comprenez, elle n’est pas extérieure. Il suffit de fermer les yeux pour goûter pleinement sa présence. C’est la tâche aveugle de notre conscience, à la fois invisible et déterminante. Le jugement perpétuel. L’œil dans la tombe. C’est elle. Et désormais, j’ai l’intime conviction qu’elle ne me quittera jamais. Dans les jours de malheur, elle reviendra sans cesse frapper à ma porte. Elle s’en viendra faner mes espérances et cracher sur ma gloire. Dans un élan de faiblesse, je la laisserai pénétrer. Elle s’en viendra, la garce, faire son lit à mes pieds et tisser ses toiles jusque dans ma tête. C’est ce qu’elle a toujours fait. Qui peut être assez stupide pour penser que les gens changent ? Je ne suis qu’une cause perdue. Sainte Rita m’en soit témoin, ma mère avait raison. Alors que je me laisse traîner, sans force, par un type que je connais à peine, j’ai comme l’envie de vomir. Par dégoût, je voudrais pouvoir m’expulser de moi-même. Encore une fois, j’aspire à l’impossible. Ce lieu, ce corps, je ne peux y échapper. La voix de mon client s’élève, sentencieuse, je le regarde, les yeux dans le vide, l’air hagard. Chaque mot est pourtant d’une clarté limpide. Je voudrais lui hurler à la face. Frapper, encore. Lui dire que c’est pas de ma faute, que je suis pas responsable de sa mauvaise conscience et de ses insomnies. Qu’il a qu’à rentrer dans les rangs, c’est toujours moins d’inquiétudes. Je voudrais pouvoir lui faire comprendre que je déteste tout ce qu’il représente. L’argent, le pouvoir, la reconnaissance sociale. Je voudrais lui souhaiter de crever avec son argent sale. Mais rien ne vient : ma gorge est nouée par l’angoisse. C’est la honte, c’est elle qui revient. Je ne suis vraiment qu’un sale con. J’ai l’impression d’être encore ce petit merdeux ingrat, convoqué toutes les semaines chez le proviseur. Vaurien. Vaut rien. Et dire que je ne peux même pas pleurer sur mon sort. Monde cruel. Je te quitterais bien, mais j’en ai même pas la force. Au fond, il a raison : je suis qu’un taré. Je suis un malade parmi d’autres dans une société pathologique. Mais à certains moments, on ne sait pas vraiment pourquoi, la réalité s’adoucit. Ça tient à rien. À un bout de tissu bon marché, fabriqué à la chaîne, par exemple. Je suis complètement pris de court par son geste. Machinalement, je tends la main et accepte le mouchoir. Je le presse contre ma joue, sans un mot. Je dois vraiment avoir l’air misérable. Les yeux rivés au sol, je n’arrive pas à faire face à mon bon samaritain de la nuit.
Je suis…désolé. Ce gars m’a agressé en sortant de la boîte et je…enfin…j’ai…
Je ne peux aller plus loin. Je n’ai aucune excuse à formuler. Je suis responsable de mes actes et je n’attends aucune absolution. Je laisse échapper un petit rire triste, un souffle court, comme pour me persuader que toute cette histoire n’est qu’une mascarade.
Vous pensez que ça va marquer ? C’est vraiment trop bête. Mon visage, c’est mon seul atout.
Je joue les désinvoltes pour reprendre contenance, mais dans ma bouche, j’ai l’impression désagréable que tout sonne désespérément faux. D’un côté, ce que je veux à présent, c’est rentrer chez moi et cacher ma honte entre les quatre murs de mon studio. De l’autre, j’ai peur de me retrouver seul avec moi-même. Ce reflet du miroir insoutenable. Même présence. Même blessure. Et c’est dans cette vilaine coquille que je devrais traîner mon esprit usé pour le mettre à l’abri des regards. De ce regard. Je ne sais plus où trouver la force. Si je ne tenais pas encore un tant soit peu à ma dignité, je m’écroulerais par terre et dormirais à même le caniveau jusqu’à demain. Au lieu de me laisser sombrer, j’avance de quelques pas pour distancer mon interlocuteur. Le dos tourné, je continue de m’adresser à lui. Je crois bien que je suis désespéré. Vainement, je me raccroche à l’humanité, je me débats. Pourquoi, au final ? Je sais même pas. Pour de la pitié ? Non merci. De la compassion ? Peut-être. Peut-être que j’en ai simplement assez de souffrir tout seul.
Vous savez, je vous aurais pas balancé. Je suis pas comme ça. Même si les flics m’avaient embarqué. J’aurais inventé un truc. Je connais des filles qui se prostituent. Enfin, je les fréquente, mais je les paie pas… bref. Vous comprenez. Peu importe…
Je me sens vraiment ridicule. Les mots affluent naturellement, c’est un carnage, une hémorragie sans fin. Je me râcle la gorge et tente de reprendre comme je peux :
Là où je veux en venir, c’est qu’elles sont souvent arrêtées pour racolage, mais elles ressortent toujours au bout de deux heures. Les flics, ils peuvent pas faire grand-chose contre la pratique. Ça existe, c’est comme ça. On s’accommode. Je les aurais sans doute baratinés. Ils m’auraient peut-être piqué un peu de fric au passage, mais personne aurait été inquiété et…
Je m’arrête brusquement. À l’arrière de mon crâne, j’entends toujours cette voix maligne qui prend plaisir à me rabaisser. Raconte pas ta vie comme un pauvre type. Tout le monde s’en contrefout du petit gars de Monhagan et de son existence minable. T’attends quoi ? Qu’on te prenne par la main et qu’on te dise que tout ira bien ? Qu’on t’embrasse sur le front qu’on te souhaite bonne nuit ? La vérité, c’est que tu mérites même pas ça. La vérité, c’est que je continue malgré tout d’y croire. Parce qu’il fallait qu’un type, sorti de nulle part, me demande si ça va. C’est rien un « ça va ? ». Au quotidien, tout le monde se le dit, sans même y penser, sans même écouter la réponse. Mais quand on est au bord du gouffre, un simple « ça va ? », c’est beaucoup. Je me décide enfin à me retourner et à le regarder en face. Je tremble un peu, c’est l’adrénaline qui redescend. Ma voix est faible et mal assurée. J’ai l’impression d’être un gamin, venu s’excuser d’avoir cassé le vase en cristal de grand-mère.
Vous voulez bien marcher un peu avec moi ? Promis, après je disparais. Vous entendrez plus jamais parler de moi.
Stars, hide your fires; Let not light see my black and deep desires.
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Empyrée
Informaticien freelance / Drag queen
27 ans
Phobos

Narcisse Delaunay is offline
Politicien véreux // 158 messages
Dim 3 Mar 2019 18:26

Lies and secrets, they are like a cancer in the soul. They eat away what is good and leave only destruction behind .

We all have stories we won't ever tell

« Je crois que vous êtes doué pour l’informatique… Et pas besoin de montrer votre visage pour taper sur un clavier, si ? » Tenta Narcisse dans un doux sourire.

Comprendre les gens, jouer des apparences, interpréter un personnage… Ça, il savait faire. Il l’avait toujours fait. Porter un masque et mentir, faire entendre aux autres ce qu’ils avaient envie d’entendre. C’était facile. Presque trop, d’ailleurs. A force, il se perdait dans son rôle, jusqu’à ne même plus savoir qui il était vraiment. Bref. Tout ça pour dire qu’une fois sorti des clous, en dehors de son rôle déterminé et de ses lignes pré-faites, il était complètement perdu. Consoler les gens ? Ca le mettait mal à l’aise. La plupart du temps, il était doué pour ne jamais se retrouver dans ce genre de situation. La plupart du temps. Il se demandait comment il avait pu en arriver là. Quelle soirée étrange. Qu’est-ce qui lui avait pris, de contacter ce hacker qu’il ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam ? Qu’est-ce qui lui avait pris, de vouloir se remplir les poches d’argent sale ? Quand était-il devenu si vénal ? Si assoiffé d’argent ? Il n’avait pas les réponses. Et de ces choix malheureux découlait aujourd’hui cette situation ubuesque, de lui et de cet homme dont il ne connaissait même pas le véritable nom, seuls dans la nuit, après avoir fui de la boîte. Vraiment. C’était ridicule. Il devrait rentrer chez lui, oublier cette histoire et simplement s’assurer que son argent dormirait au chaud dans des comptes dissimulés. Et pourtant… Pourtant il se sentait incapable de laisser ce type ici. Il ne savait pas. Il y avait dans la courbure de son échine, la ligne délicate de son dos, presque une vulnérabilité qui ne le laissait pas de marbre. Alors il l’écouta, soulagé que l’autre ne lui demande pas de réagir, à la fois troublé et amusé par ses justifications confuses. L’envie de poser une main sur l’une de ses omoplates lui traversa l’esprit et il ne s’en rendit compte que lorsque que Talarsa se retourna.

Narcisse serra discrètement le poing, rassuré de ne pas avoir esquissé le moindre geste. Il ne manquait plus qu’il ne s’émeuve de la condition d’un parfait inconnu. Cela ne lui ressemblait pas. Il y avait toujours eu un écran entre lui et les autres, un gouffre immense et invisible qui le rendait souvent indifférent aux peines des uns et des autres. Le monde était terrible, après tout. Il n’avait pas fini de pleurer pour les autres, s’il s’attendrissait trop de leurs malheurs. Pourtant, la fragilité perceptible dans les tremblements de la voix de Talarsa lui procura une sensation étrange dans la gorge, comme une gêne, une boule pesante. Il comprit en peu de temps que cela s’apparentait à de la compassion. Peut-être de la pitié ? Il avait été pris par surprise, troublé par les traits délicats du hacker. C’était son androgynie, sûrement, sa beauté éthérée qui aurait pu émouvoir n’importe qui. Narcisse voulait s’en convaincre. Il n’aimait pas se sentir faible. En temps normal, il aurait poliment refusé la demande, dans l’un de ses nombreux sourires hypocrites. Il aurait balayé d’un revers de main ses remords et aurait commandé un taxi. Tout simplement. Pourtant, ce soir-là, il s’étonna lui-même en hochant nonchalamment les épaules. Pour se donner un brin de contenance, il se ralluma une cigarette.

« Si vous voulez. » Répondit-il en tentant d’étouffer la joie insidieuse qu’il éprouvait à l’idée de passer quelques minutes supplémentaires en compagnie du hacker. « Je vous raccompagnerais bien chez vous comme le gentleman que je suis mais… Je suppose que vous n’avez certainement pas envie que je sache où vous habitez. »

Il ne lui en voudrait pas pour ça. Après tout, leur relation – si on pouvait qualifier cela de ‘relation’ – était basée sur un marché tout à fait illégal. Moins ils en sauraient de l’un et de l’autre, mieux ils se porteraient. C’était malheureux à dire mais c’était la vérité. Ils n’étaient pas collègues. Encore moins amis. Et Talarsa avait raison… Sûrement ne se croiseraient-ils jamais à l’avenir. Dommage. En d’autres circonstances, probablement, Narcisse aurait apprécié sa compagnie. Un esprit visiblement aiguisé et un physique atypique mais plaisant… Talarsa avait de beaux atouts.

« Vous ne payez pas de mine mais vous frappez fort. » Finit par lancer Narcisse pour faire la conversation. « J’avoue que je vous avais sous-estimé. Visiblement, il ne faut pas vous chercher. Qu’est-ce que ce type vous voulait ? » Bizarrement, il se doutait déjà de la réponse mais il ne voulait pas tirer de conclusions hâtives. Ce soir-là, il avait déjà trop jugé les apparences. « Vous avez pris des cours de self défense ? » Bon dieu, mais qu’est-ce qu’il racontait ? Il parlait déjà trop et versait déjà dans les stupidités. Si ça continuait, ce qu’il allait dire n’allait plus avoir le moindre sens. « Oubliez la question. C’était idiot. Je crois qu’on a passé le cap des conversations de formalité. »

Plus vraiment besoin de sauver les apparences, si ? Talarsa en savait assez pour deviner que Narcisse n’était pas blanc comme neige. De ce fait, abreuver le silence de small talks sans intérêt, était-ce nécessaire ? Pas vraiment, devinait Narcisse. Pourtant, ne rien dire le mettait mal à l’aise. Tout s’était passé si vite. C’était trop bizarre de passer d’un échange d’argent sous le manteau à une promenade nocturne en tête à tête. Pas que la situation lui déplaisait mais… C’était juste étrange. Oui. Etrange était le bon mot. Cette soirée n’avait rien d’ordinaire. Il allait s’en souvenir pendant longtemps. Elle valait bien le tarif des prestations de Talarsa.
@Alastar
Wearing a mask wears you out. Faking it is fatiguing. The most exhausting activity is pretending to be what you know you aren't.
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Awful
Politicien
33 ans
Humain


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